Comment décrire ses expériences professionnelles sur votre CV ?

Groupe de 4 professionnels en atelier collaboratif réécrivant CV projeté sur écran, tableau blanc avec frameworks PAR STAR CAR, Post-its et marqueurs sur table

Comment décrire ses expériences professionnelles sur votre CV ?

Comment décrire ses expériences professionnelles sur votre CV ?

Résumé. Décrire ses expériences professionnelles sur un CV, ce n’est pas recopier une fiche de poste  : c’est montrer concrètement ce que vous faisiez, dans quel contexte, et ce que cela a produit. Pour chaque expérience, posez le décor en une ligne (type d’entreprise, secteur, taille d’équipe), puis décrivez vos missions avec des verbes d’action précis et, chaque fois que possible, un résultat mesurable ou observable. Triez vos expériences en fonction du poste visé  : tout ce qui ne sert pas directement votre candidature doit être raccourci ou supprimé. Adaptez enfin vos descriptions aux mots-clés de chaque offre pour passer les filtres des logiciels de tri sans dénaturer votre parcours. Un bon descriptif d’expérience ne cherche pas à impressionner  : il cherche à donner au recruteur une image nette de ce que cela changeait que vous soyez là.

Décrire vos expériences professionnelles sur un CV devrait être simple. Après tout, il s’agit de raconter ce que vous avez fait pendant des mois, parfois des années. Vous étiez là. Vous savez ce qui s’est passé. Et pourtant, au moment d’écrire ces quelques lignes sous chaque intitulé de poste, quelque chose se grippe. Les mots deviennent vagues. Les phrases s’enlisent dans des formules toutes faites. Et ce qui était censé prouver votre valeur professionnelle finit par ressembler à une fiche de poste copiée-collée depuis un site RH des années 2000.

Le problème n’est pas que vous manquez d’expérience. Le problème n’est même pas que vous manquez de mots. Le problème, beaucoup plus profond, c’est que personne ne vous a jamais appris à regarder votre propre travail avec la distance nécessaire pour le transformer en récit convaincant. Vous savez ce que vous avez fait. Mais vous ne savez pas le dire d’une manière qui donne envie à quelqu’un d’autre de vous rencontrer.

Ce qui suit n’est pas un catalogue de phrases toutes faites à recopier. C’est une tentative honnête de comprendre pourquoi cette rubrique est si difficile à écrire, et surtout, de vous donner les outils concrets pour la refaire autrement. Parce que décrire ses expériences professionnelles sur un CV, ce n’est pas réciter une liste de tâches. C’est prouver, en quelques lignes seulement, que vous avez transformé quelque chose quelque part. Et que vous pouvez recommencer.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.

1. Pourquoi la plupart des CV décrivent un poste plutôt qu’une personne  ?

Avant de chercher à mieux écrire, il faut comprendre pourquoi on écrit mal. Et ce « mal » n’est pas une question de grammaire ou de vocabulaire. C’est une erreur de perspective, presque philosophique, que commettent neuf candidats sur dix sans même s’en rendre compte.

1.1. Que lit réellement un recruteur quand il parcourt votre rubrique expériences  ?

Posons la scène. Un recruteur ouvre votre CV. Il a devant lui une pile de quatre-vingts candidatures pour un seul poste. Il ne va pas lire votre document comme on lit un roman, du début à la fin, avec attention et bienveillance. Il va le scanner. Ses yeux vont glisser sur la page en quelques secondes, chercher des points d’accroche, des signaux, des preuves.

Ce qu’il cherche, ce n’est pas la liste de vos missions. Les missions, il les connaît déjà. S’il recrute un chargé de clientèle, il sait que le poste implique de la relation client, du suivi de dossier, du reporting. Ce qu’il veut savoir, c’est ce que vous, spécifiquement, avez fait de ce poste. Ce qui a changé parce que vous étiez là. Ce que vous apportiez que votre prédécesseur n’apportait peut-être pas, et que votre successeur devra réinventer.

Autrement dit, le recruteur ne cherche pas une description de fonction. Il cherche une preuve d’existence professionnelle.

1.2. Pourquoi recopier sa fiche de poste est la pire stratégie possible  ?

Le réflexe le plus naturel, quand on rédige son CV, consiste à reprendre les termes de sa fiche de poste ou de son contrat de travail. On écrit « gestion de projet », « suivi client », « participation aux réunions ». On a l’impression d’être fidèle à la réalité. Et on l’est, d’une certaine façon. Mais c’est une fidélité stérile.

Ces formulations décrivent un cadre. Elles ne décrivent pas une pratique. Elles disent ce que le poste prévoyait, pas ce que vous en avez fait. C’est exactement comme si un cuisinier, au lieu de décrire ses plats, se contentait de recopier le menu affiché à l’entrée du restaurant.

Le résultat est un CV générique, interchangeable, qui pourrait correspondre à n’importe quel titulaire du même poste. Et un recruteur qui lit un CV interchangeable fait exactement ce que vous craignez  : il passe au suivant.

1.3. Ce que cache le réflexe de minimiser son propre travail

Il y a une raison plus profonde à cette tendance au flou. Ce n’est pas de la paresse. C’est souvent de la pudeur, voire du sabotage involontaire.

Beaucoup de gens, confrontés à l’exercice de décrire ce qu’ils font, se heurtent à un mur intérieur. Une petite voix qui murmure  : « Ce n’était pas si extraordinaire. Tout le monde fait ça. Je ne vais quand même pas me vanter. » Cette voix est particulièrement audible en France, où l’on confond facilement précision et prétention, où dire clairement ce que l’on a accompli passe vite pour de l’arrogance.

Ce mécanisme est compréhensible. Mais il est dévastateur sur un CV. Parce que la modestie, dans ce contexte précis, ne vous rend pas sympathique. Elle vous rend invisible. Le recruteur n’a aucun moyen de deviner ce que vous ne dites pas. Il ne peut travailler qu’avec ce que vous lui donnez. Et si vous ne lui donnez que des lignes tièdes, il conclura, logiquement, que votre contribution était tiède.

Si vous avez du mal à décrire votre travail, ce n’est probablement pas parce que vous êtes incompétent. C’est parce que personne ne vous a jamais appris à observer votre activité professionnelle avec le recul nécessaire pour en extraire la substance.

2. Comment transformer chaque expérience en preuve concrète de votre valeur  ?

Le diagnostic est posé  : la plupart des descriptions d’expériences sont trop vagues, trop génériques, trop modestes. Reste à savoir comment faire autrement. La bonne nouvelle, c’est que la méthode n’est pas compliquée. Elle demande simplement un changement de regard.

2.1. Comment poser le contexte de chaque poste en une ligne  ?

Un résultat n’a de sens que dans un cadre. Dire « j’ai augmenté les ventes de 15 % » n’a pas la même portée selon que vous travailliez dans une start-up de cinq personnes ou dans une filiale de trois mille salariés, dans un marché en croissance ou dans un secteur sinistré.

La première ligne de chaque description d’expérience devrait donner au recruteur les coordonnées minimales pour comprendre votre environnement  :

  • le type d’entreprise (taille, secteur, activité principale),
  • votre position dans l’organisation (taille de l’équipe, niveau hiérarchique),
  • éventuellement un élément de contexte qui éclaire la suite (création de poste, remplacement, période de restructuration).

Ce n’est pas du remplissage. C’est le sol sur lequel vos réalisations prennent leur relief. Sans ce contexte, vos actions flottent dans le vide, et le recruteur doit deviner ce qu’il devrait comprendre.

2.2. Pourquoi les verbes d’action changent tout dans la perception de votre parcours  ?

Il y a un test simple pour évaluer la qualité d’une description d’expérience  : regardez le premier mot de chaque ligne. Si ce mot est un nom (« gestion », « suivi », « participation »), votre description est statique. Elle décrit un état, pas un mouvement. Elle dit ce qui existait, pas ce que vous avez fait.

Remplacez ces noms par des verbes, et tout change. « Gestion de la caisse » devient « tenu la caisse en autonomie ». « Suivi client » devient « accompagné un portefeuille de 45 comptes ». « Participation aux réunions » devient « préparé et animé les réunions hebdomadaires de l’équipe commerciale ».

Le verbe d’action est le moteur de votre phrase. C’est lui qui crée l’image mentale chez le lecteur. C’est lui qui transforme une ligne de CV en scène concrète, où le recruteur peut vous voir travailler.

Quelques familles de verbes utiles selon le type de contribution  :

  • Organiser, structurer  : coordonné, planifié, mis en place, réorganisé, priorisé.
  • Produire, réaliser  : conçu, développé, rédigé, construit, livré.
  • Analyser, résoudre  : diagnostiqué, identifié, évalué, optimisé, résolu.
  • Communiquer, convaincre  : présenté, négocié, formé, accompagné, fédéré.
  • Piloter, décider  : supervisé, dirigé, arbitré, recruté, validé.

L’objectif n’est pas de coller artificiellement un verbe impressionnant sur une tâche banale. C’est de trouver le verbe qui correspond réellement à ce que vous avez fait, avec la juste précision.

2.3. Comment formuler des résultats quand on n’a pas de chiffres spectaculaires  ?

C’est l’objection la plus fréquente  : « Je n’ai pas de résultats chiffrés à montrer. Mon travail n’est pas mesurable. » Dans certains cas, c’est vrai. Mais dans la majorité des cas, c’est surtout que l’on n’a pas cherché.

Un résultat n’est pas forcément un pourcentage d’augmentation du chiffre d’affaires. Ce peut être  :

  • un volume (« traité en moyenne 80 demandes par semaine »),
  • un périmètre (« sur un portefeuille de 120 clients actifs »),
  • un changement (« réduit le délai de traitement de 5 jours à 2 jours »),
  • une création (« mis en place un outil de suivi qui n’existait pas »),
  • une régularité (« clôture mensuelle sans erreur pendant 18 mois »),
  • un impact qualitatif (« obtenu un taux de satisfaction de 92 % sur les retours clients »).

Le principe est le suivant  : chaque fois que vous pouvez remplacer le flou par un fait, faites-le. Un fait, même modeste, pèse infiniment plus lourd qu’un adjectif. « Bonne gestion des stocks » ne dit rien. « Géré un stock de 3 000 références avec un taux de rupture inférieur à 2 % » dit tout.

Et quand vraiment aucun chiffre n’est disponible, il reste une option  : décrire le « avant / après ». Qu’est-ce qui existait avant vous  ? Qu’est-ce qui avait changé quand vous êtes parti  ? Cette perspective temporelle suffit souvent à révéler une contribution que vous ne voyiez même pas.

Votre aide-mémoire devant chaque expérience

Avant d’écrire une seule ligne, posez-vous ces cinq questions  :

  1. Dans quel environnement je travaillais  ? (taille, secteur, contexte)
  2. Qu’est-ce que je faisais concrètement, au quotidien  ?
  3. Qu’est-ce qui a changé grace a mon travail, même modestement  ?
  4. Qu’est-ce qui était difficile dans ce poste, et comment j’ai géré  ?
  5. Est-ce que cette expérience aide un recruteur à me voir dans le poste que je vise aujourd’hui  ?

Si vous ne savez pas répondre à la question 5, cette expérience a peut-être besoin d’être raccourcie, reformulée ou supprimée.

3. A quoi ressemble concrètement un bon descriptif d’expérience par rapport à un mauvais  ?

La théorie est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Pour ancrer les principes dans la réalité, il faut des exemples. Pas un seul, parce que chaque métier pose ses propres difficultés. En voici quatre, choisis pour couvrir des profils très différents.

3.1. Comment une assistante administrative peut-elle transformer ses « tâches courantes » en atouts  ?

C’est probablement le profil où la minimisation fait le plus de dégâts. Les postes administratifs sont souvent décrits comme un inventaire de routines  : « accueil téléphonique, gestion du courrier, classement, saisie ». Et le recruteur passe, parce qu’il a lu exactement la même chose sur les cinquante CV précédents.

Version faible  :

Assistante administrative. Gestion du courrier. Accueil téléphonique. Classement et archivage. Diverses tâches administratives.

Version retravaillée  :

Assistante administrative au sein d’un cabinet comptable de 12 collaborateurs. Gestion quotidienne de l’accueil physique et téléphonique (environ 40 appels par jour), tri et dispatch du courrier entrant vers 4 pôles, organisation des déplacements des associés. Mise en place d’un système d’archivage numérique ayant réduit le temps de recherche de documents de moitié.

La différence tient en trois mouvements  : un contexte posé (cabinet comptable, 12 collaborateurs), des actions précisées et quantifiées (40 appels, 4 pôles), et un résultat concret (temps de recherche divisé par deux). Rien n’a été inventé. Tout a été précisé.

3.2. Comment un commercial peut-il aller au-dela de « prospection et fidélisation » ?

Le piège du profil commercial, c’est le vocabulaire passe-partout. Prospection, fidélisation, négociation, développement du portefeuille. Ces mots ne sont pas faux, mais ils sont tellement génériques qu’ils ne permettent pas de distinguer un commercial junior qui démarre d’un directeur régional qui gère deux millions d’euros de chiffre d’affaires.

Version faible  :

Commercial terrain. Prospection de nouveaux clients. Fidélisation du portefeuille existant. Négociation et closing. Reporting hebdomadaire.

Version retravaillée  :

Commercial terrain sur le secteur Ile-de-France Sud (91, 94, 77) pour un distributeur de fournitures industrielles. Gestion et développement d’un portefeuille de 85 comptes actifs, avec un objectif annuel de 650 000 euros. Prospection de 10 à 15 nouveaux comptes par trimestre, avec un taux de conversion de 22 %. Chiffre d’affaires du secteur en hausse de 12 % sur l’exercice 2023.

Ce qui change  : le recruteur voit un territoire, un volume, un objectif, un résultat. Il peut instantanément situer le candidat sur une échelle de responsabilité et de performance. Il n’a plus besoin de deviner.

3.3. Comment un profil technique peut-il être précis sans devenir illisible  ?

Les profils techniques, notamment dans l’informatique, oscillent entre deux écueils. Le premier  : une description tellement bardée de jargon technique que seul un développeur senior peut la comprendre, alors que le premier filtre est souvent un chargé de recrutement RH. Le second  : une description tellement vague (« développement d’applications web ») qu’elle ne dit rien sur les compétences réelles.

Version faible  :

Développeur web. Développement front-end et back-end. Maintenance applicative. Travail en méthode agile.

Version retravaillée  :

Développeur web au sein d’une équipe de 6 développeurs pour une plateforme de réservation en ligne (150 000 utilisateurs actifs). Développement de nouvelles fonctionnalités en Python et React, de la conception technique à la mise en production. Réduction du temps de chargement des pages de 40 % grace à l’optimisation du code front-end. Participation active aux sprints en méthodologie Scrum, avec livraison de 95 % des user stories dans les délais prévus.

La clé, ici, est l’équilibre  : assez de termes techniques pour que le responsable technique voie vos compétences, assez de clarté et de résultats pour que le recruteur RH comprenne votre contribution.

3.4. Comment un jeune diplômé peut-il valoriser des stages sans s’excuser d’exister  ?

Le jeune diplômé a souvent l’impression que ses stages ne « comptent pas vraiment ». Il commence ses descriptions par « dans le cadre de mon stage de fin d’études… », comme pour s’excuser d’avance de ne pas avoir dix ans d’expérience. C’est une erreur. Un stage bien décrit vaut infiniment mieux qu’un poste mal raconté.

Version faible  :

Stage de 6 mois au service communication. Aide à la gestion des réseaux sociaux. Participation à l’organisation d’événements. Rédaction de contenus divers.

Version retravaillée  :

Chargé de communication digitale (stage de 6 mois) au sein d’une association culturelle accueillant 25 000 visiteurs par an. Gestion autonome des comptes Instagram et LinkedIn  : création de contenus, planification éditoriale, analyse des statistiques. Augmentation du nombre d’abonnés Instagram de 800 à 2 200 en 5 mois. Co-organisation de 3 événements publics (logistique, communication, accueil des partenaires).

Notez que le mot « stage » apparait, mais en parenthèse, pas en titre. Le reste se lit exactement comme une expérience professionnelle classique. Parce que c’en est une.

4. Reformuler ses expériences, est-ce mentir sur son CV  ?

C’est la question qui empêche beaucoup de gens d’améliorer leur CV. Une sorte de frein moral, parfois inconscient, qui transforme chaque tentative de reformulation en soupçon de tricherie. Il faut s’y arrêter, parce que cette question, si elle n’est pas traitée, sabote tout le reste.

4.1. Pourquoi confond-on souvent précision et vantardise  ?

Il existe un réflexe culturel tenace, particulièrement en France, qui associe le fait de parler clairement de ses réalisations à une forme d’arrogance. Dire « j’ai coordonné une équipe de cinq personnes » quand on a effectivement coordonné une équipe de cinq personnes semble, pour beaucoup, « en faire trop ». Alors on préfère écrire « travail en équipe ». C’est plus humble. C’est aussi parfaitement inutile pour un recruteur.

La confusion vient de ce que l’on mélange deux gestes très différents  : enjoliver (ajouter ce qui n’existe pas) et préciser (donner à voir ce qui existe réellement). Le premier est de la triche. Le second est de la communication. Et un CV est, par nature, un acte de communication.

Quand vous écrivez « coordonné une équipe de 5 techniciens pour le déploiement d’un outil de gestion sur 3 sites », vous ne vous vantez pas. Vous informez. Vous donnez au recruteur les éléments dont il a besoin pour faire son travail, c’est-à-dire évaluer si votre profil correspond au poste.

4.2. Ou se situe exactement la frontière entre mise en valeur et invention  ?

Un CV n’est pas un procès-verbal. Ce n’est pas non plus une fiction. C’est un acte de traduction. Vous traduisez une réalité vécue, complexe, pleine de routines et de moments forts mêlés, dans un format codifié destiné à quelqu’un qui ne vous connait pas.

Toute traduction implique des choix. Choisir un angle, sélectionner les éléments les plus pertinents, formuler de manière percutante  : tout cela est non seulement légitime, mais nécessaire. Ce qui ne l’est pas, en revanche, c’est franchir trois lignes rouges  :

  • Inventer une réalisation qui n’a jamais eu lieu. Dire que vous avez augmenté le chiffre d’affaires de 30 % quand ce n’est pas le cas, c’est un mensonge vérifiable qui peut détruire votre crédibilité en entretien ou après l’embauche.
  • S’attribuer le travail d’un autre. Dire que vous avez piloté un projet que vous avez seulement observé de loin, c’est une imposture que tout recruteur un peu expérimenté détectera en quelques questions.
  • Falsifier des données factuelles. Modifier des dates, inventer un diplôme, gonfler un chiffre  : ce sont des fautes qui peuvent avoir des conséquences juridiques autant que professionnelles.

En dehors de ces trois lignes, le territoire est vaste. Choisir de mettre en avant une mission plutôt qu’une autre, formuler un résultat de manière plus percutante, omettre une expérience qui n’apporte rien au poste visé  : tout cela relève de votre liberté éditoriale. Et c’est exactement ce que fait tout professionnel qui communique sur son travail.

4.3. Pourquoi un CV honnête et bien rédigé vous protège aussi en entretien  ?

Il y a un argument pragmatique, rarement évoqué, en faveur de l’honnêteté bien formulée  : un CV qui reflète fidèlement votre parcours, mais de manière percutante, vous prépare à un entretien serein. Chaque ligne que vous avez écrite, vous pouvez la développer, l’illustrer, la défendre. Chaque chiffre, vous pouvez l’expliquer. Chaque choix de formulation, vous pouvez le justifier.

A l’inverse, un CV gonflé vous place dans une position d’anxiété permanente. Chaque question du recruteur devient un piège potentiel. Chaque demande de précision risque de révéler l’écart entre ce que vous avez écrit et ce que vous avez vécu.

La meilleure stratégie est donc aussi la plus simple  : écrire des choses vraies, de la manière la plus claire et la plus concrète possible. Pas par vertu morale, mais par intelligence tactique.

5. Comment trier ses expériences quand on ne peut pas tout mettre sur son CV  ?

Il y a des lignes sur votre CV qui sont là depuis si longtemps qu’elles ont acquis une sorte de droit d’ancienneté. Vous n’osez plus les toucher, comme on n’ose plus déplacer un meuble qui a marqué le parquet. Pourtant, un CV n’est pas un musée de votre passé. C’est une vitrine orientée vers votre avenir. Et une vitrine efficace ne montre pas tout  : elle montre ce qui compte.

5.1. Quelle question se poser devant chaque ligne de son CV pour décider quoi garder  ?

Le filtre est simple, presque brutal dans sa clarté  : « Est-ce que cette information aide un recruteur à me voir dans le poste que je vise aujourd’hui  ? »

Si la réponse est oui, clairement, on garde et on soigne. Si la réponse est « un peu, indirectement », on garde mais on raccourcit. Si la réponse est non, on enlève.

Ce n’est pas un jugement sur la valeur de l’expérience en soi. C’est un choix de pertinence. Un photographe ne met pas toutes ses images dans son portfolio. Un réalisateur coupe des scènes qu’il adore au montage. Vous avez le même droit, et le même devoir  : ne montrer que ce qui sert votre propos.

5.2. Comment gérer les expériences qui n’ont rien à voir avec le poste visé  ?

Le cas le plus douloureux, c’est celui d’une expérience significative, parfois longue, dans un domaine totalement différent de ce que vous visez aujourd’hui. Huit mois en restauration alors que vous postulez en comptabilité. Deux ans dans le commerce alors que vous vous orientez vers les ressources humaines.

La supprimer purement et simplement crée un trou chronologique qui éveillera la curiosité, voire la méfiance. La garder telle quelle encombre le CV d’informations hors sujet.

La solution se situe entre les deux  : la conserver, mais en la reformulant sous l’angle de ce qu’elle vous a apporté de transférable. La restauration vous a appris la gestion du stress, le travail en équipe sous pression, le sens du service. Le commerce vous a donné l’écoute, la négociation, la rigueur du suivi. L’enjeu n’est pas de transformer un emploi de serveur en expérience de management stratégique, mais de rendre visible le fil rouge qui relie vos différentes vies professionnelles.

Concrètement, cela peut se traduire par une ligne plus courte que les autres, positionnée correctement dans la chronologie, avec une ou deux compétences transférables mises en avant plutôt qu’un détail des missions quotidiennes.

5.3. Combien d’expériences faut-il détailler sur un CV selon son niveau de carrière  ?

Il n’existe pas de nombre magique, mais quelques repères de bon sens peuvent guider  :

  • Profil débutant (0 à 3 ans)  : toutes les expériences comptent, y compris les stages, l’alternance et les emplois étudiants pertinents. On détaille chacune.
  • Profil intermédiaire (3 à 10 ans)  : les deux ou trois expériences les plus récentes et les plus alignées avec le poste visé méritent un traitement détaillé. Les plus anciennes peuvent être résumées en une ou deux lignes.
  • Profil senior (plus de 10 ans)  : les expériences des cinq à sept dernières années portent l’essentiel du message. Le reste peut être regroupé sous un intitulé synthétique (« Expériences antérieures ») avec les intitulés de poste et les entreprises, sans détail.

L’idée directrice est toujours la même  : plus une expérience est ancienne ou éloignée de votre cible actuelle, moins elle a besoin de place. Votre CV doit refléter la personne que vous êtes professionnellement aujourd’hui, pas l’archéologie complète de vos vingt dernières années.

6. Quelles sont les erreurs les plus courantes dans la description des expériences sur un CV  ?

Certaines erreurs sont si répandues qu’elles sont devenues invisibles. On les reproduit parce qu’on les a vues partout, sur des modèles en ligne, sur les CV de collègues, parfois même dans des guides qui prétendent vous aider. Les repérer, c’est déjà commencer à s’en libérer.

6.1. Pourquoi les formulations vagues sont-elles le premier motif de rejet silencieux  ?

« Diverses tâches administratives. » « Bonne gestion de la relation client. » « Participation active à la vie de l’équipe. »

Ces formulations ont un point commun  : elles ne créent aucune image. Le recruteur les lit, et rien ne se passe dans son esprit. Pas de scène, pas de chiffre, pas de contexte. Juste un brouillard poli qui dit, en substance  : « J’étais là, mais je ne sais pas vous dire ce que j’y faisais exactement. »

Un CV n’est pas un appartement qu’on remplit pour éviter l’écho. C’est un espace restreint où chaque mot doit payer son loyer.

La solution n’est pas d’écrire plus. C’est d’écrire plus juste. Remplacez chaque formulation vague par un fait. Un seul fait bien choisi vaut plus que trois lignes de généralités.

6.2. A quel moment le trop-plein de détails devient-il un problème  ?

L’excès inverse existe aussi. Certains candidats, soucieux de ne rien oublier, décrivent chaque poste en huit ou dix lignes, avec un niveau de détail qui noie l’essentiel dans l’accessoire. Le recruteur, face à ce mur de texte, ne sait plus où regarder. L’information importante se perd dans la masse.

Le bon curseur se situe généralement entre trois et cinq points par expérience pour les postes récents et pertinents. Chaque point doit apporter une information distincte. Si deux lignes disent à peu près la même chose, il faut en supprimer une. Si un détail n’éclaire pas votre candidature pour le poste visé, il encombre.

6.3. Quelles incohérences font immédiatement tiquer un recruteur  ?

Certaines erreurs ne sont pas visuelles mais logiques. Un recruteur expérimenté les détecte en quelques secondes  :

  • des dates qui se chevauchent sans explication,
  • un titre de poste qui ne correspond pas au niveau de responsabilité décrit,
  • une progression de carrière incohérente (passer de directeur à assistant sans contexte),
  • des compétences revendiquées qui ne sont illustrées par aucune expérience.

Ces incohérences n’entrainent pas forcément un rejet immédiat, mais elles créent un doute. Et le doute, dans un processus de tri où le recruteur cherche des raisons de retenir plutôt que de comprendre, joue presque toujours en votre défaveur.

La parade est simple  : relisez votre CV comme si vous ne vous connaissiez pas. Demandez-vous, à chaque ligne  : est-ce que cela se tient  ? Est-ce que le lecteur peut suivre le fil sans se poser de question  ? Si un ami à qui vous montrez votre CV fronce les sourcils à un endroit, c’est probablement là qu’il faut clarifier.

Conclusion

On commence toujours par croire que le problème est technique. Qu’il suffit de trouver les bons mots, les bons verbes, la bonne mise en page. Puis on se rend compte, en travaillant vraiment sur ses descriptions d’expériences, que le problème était ailleurs depuis le début.

Le vrai défi, ce n’est pas d’écrire. C’est de regarder. Regarder son travail avec suffisamment de recul pour en voir la substance. Regarder ses réalisations avec assez de précision pour les nommer. Regarder son parcours avec la lucidité nécessaire pour distinguer ce qui sert le propos de ce qui l’encombre.

Ce travail de regard, personne ne vous l’a enseigné à l’école. Personne ne vous l’a demandé dans vos précédents postes. On vous a demandé de faire, pas de vous observer en train de faire. Et maintenant, devant cette page à remplir, vous découvrez que savoir faire et savoir dire ce que l’on fait sont deux compétences entièrement différentes.

La bonne nouvelle, c’est que ce regard s’apprend. Il s’apprend en se posant les bonnes questions devant chaque ligne. Il s’apprend en remplaçant les mots vagues par des faits. Il s’apprend en acceptant que décrire clairement son travail n’est ni de l’arrogance ni du marketing, mais un geste de respect envers soi-même et envers la personne qui vous lira.

Votre parcours mérite mieux que des lignes tièdes. Et vous êtes la seule personne qui puisse écrire ces lignes-là, parce que vous êtes la seule personne qui était dans ce bureau, devant cet écran, à ce moment-là. Personne d’autre ne sait ce que vous avez vu, décidé, porté, réparé, construit. Personne d’autre ne peut le dire à votre place.

Il ne reste qu’à ouvrir le fichier. Le vrai, pas celui qui s’appelle « définitif ». Celui que vous allez enfin rendre vivant.

Questions fréquentes

Pour terminer, voici quelques questions fréquentes, avec des réponses simples pour vous donner des repères.

Pas fondamentalement. Ce qui compte, c’est ce que vous avez fait et ce que cela a produit, pas la nature juridique du contrat. En revanche, si vous avez enchaîné plusieurs missions courtes dans le même secteur, il peut être judicieux de les regrouper sous un seul bloc (par exemple  : « Missions en intérim, secteur logistique, 2021–2023 ») puis de détailler les missions les plus significatives. Cela évite l’effet liste à rallonge tout en montrant une continuité d’activité.

Le CV n’est pas l’endroit pour expliquer les circonstances d’un départ. Décrivez cette expérience exactement comme les autres  : contexte, missions, résultats. La question du motif de départ appartient à l’entretien, et même là, une phrase sobre et factuelle suffira. Ce que le recruteur cherche dans votre CV, ce n’est pas pourquoi vous êtes parti, c’est ce que vous avez apporté pendant que vous étiez là.

Oui, votre poste actuel doit figurer sur votre CV, car il représente votre situation professionnelle la plus récente et donc la plus pertinente pour un recruteur. La confidentialité de votre recherche ne dépend pas de ce qui est écrit sur le document, mais de la manière dont vous le diffusez. Envoyez votre CV uniquement en réponse à des offres ciblées, évitez de le publier sur des plateformes où votre employeur pourrait le repérer, et précisez au recruteur que votre démarche est confidentielle.

Mentionnez le pays et, si nécessaire, précisez brièvement le contexte en une ligne (par exemple  : « Filiale de 45 personnes à São Paulo, marché en forte croissance »). Ensuite, décrivez vos missions et résultats de la même façon que pour un poste en France. L’expérience internationale est en elle-même un signal positif pour beaucoup de recruteurs, mais elle ne doit pas éclipser le contenu concret de ce que vous avez accompli sur place.

Pour présenter plusieurs postes dans la même entreprise, indiquez d’abord le nom de l’entreprise et la durée totale de votre présence, puis détaillez chaque poste occupé comme une sous-entrée avec ses propres dates, son intitulé et sa description. Cette présentation montre à la fois votre fidélité et votre évolution interne, ce qui est un signal rassurant pour un recruteur. Concentrez la description la plus développée sur le poste le plus récent ou le plus pertinent pour votre cible actuelle, et résumez les précédents en deux ou trois lignes chacun.

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