Recherche d’emploi : pourquoi les conseils qu’on vous donne ne marchent pas ?

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Recherche d’emploi : pourquoi les conseils qu’on vous donne ne marchent pas ?

Recherche d’emploi : pourquoi les conseils qu’on vous donne ne marchent pas ?

Résumé. La recherche d’emploi n’est pas un problème technique que huit conseils suffisent à résoudre. C’est une épreuve psychologique structurelle, rendue plus difficile par des méthodes qui traitent le candidat comme un produit à optimiser plutôt que comme une personne en situation de vulnérabilité. Ce qui fait réellement la différence, ce n’est pas d’envoyer plus de candidatures, c’est d’en envoyer moins, mieux ciblées, en comprenant le problème concret de l’entreprise avant de parler de soi. C’est aussi protéger sa santé mentale avec la même rigueur qu’on prépare un entretien, et accepter que le hasard joue un rôle sans pour autant s’y abandonner. En bref  : moins de méthode, plus de lucidité, et la patience de ne pas se perdre en chemin.

Recherche d’emploi. Deux mots qui, mis bout à bout, produisent un effet chimique étrange sur le cerveau humain. Un mélange d’adrénaline, de culpabilité diffuse et de cette fatigue particulière qu’on ressent quand on sait que la journée sera longue sans pouvoir dire exactement à quoi elle servira.

Vous êtes peut-être en train de lire cet article depuis votre canapé, un mardi après-midi, en jogging. Ou depuis les toilettes de votre bureau actuel, celui que vous voulez quitter depuis dix-huit mois sans jamais passer à l’acte. Ou depuis votre téléphone, dans un transport en commun, entre deux stations, parce que vous avez tapé quelque chose comme “pourquoi c’est si dur de trouver un travail” et que Google vous a conduit ici.

Quel que soit l’endroit, une chose est certaine  : vous avez déjà lu des dizaines d’articles de conseils sur la recherche d’emploi. Peut-être des centaines. Vous savez qu’il faut “soigner son réseau” , “rester positif” , “se démarquer” . Vous le savez par cœur. Vous pourriez l’écrire vous-même, cet article, les yeux fermés, avec les mêmes verbes d’action et les mêmes tournures encourageantes.

Et pourtant, vous êtes encore là. À chercher.

Ce texte ne va pas vous donner huit conseils indispensables. Il ne va pas vous expliquer comment réveiller le lion qui sommeille en vous, parce que cette métaphore est insultante pour vous autant que pour les lions. Il va tenter autre chose  : regarder honnêtement pourquoi la recherche d’emploi fait si mal, pourquoi les conseils habituels aggravent souvent le problème, et ce qui, vu depuis les coulisses du recrutement et de la psychologie du travail, fait réellement la différence.

Pas de promesses. Pas de formules magiques. Juste de la lucidité. Et peut-être, au bout, quelques prises où poser la main pour ne pas glisser.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.

Sommaire

1. Pourquoi la recherche d’emploi est-elle si épuisante psychologiquement  ?

Commençons par nommer ce que personne ne nomme dans les guides de recherche d’emploi  : cette activité est, pour la plupart des gens qui la vivent, une épreuve psychologique d’une violence sourde et continue.

Pas la violence spectaculaire. Pas celle des gros titres. La violence quotidienne. Celle du réveil sans cadre. Des formulaires identiques remplis pour la centième fois. Du courriel “Nous avons le regret de vous informer” reçu un vendredi soir à 18h47, quand plus personne n’est au bureau pour s’en excuser. Et surtout, du silence. Ce silence qui dure des jours, des semaines, et qui finit par ressembler à une réponse.

1.1. Le paradoxe du candidat  : être vulnérable et performant en même temps

Ce qui rend la recherche d’emploi si particulière, c’est qu’elle vous place dans une position psychologiquement intenable.

D’un côté, vous êtes en situation de besoin. Vous avez besoin d’un revenu, d’un cadre, d’une place dans le monde. De l’autre, on vous demande de vous présenter comme quelqu’un qui n’a besoin de rien, qui “apporte de la valeur” , qui “relève des défis” , qui est “force de proposition” . Vous devez être simultanément celui qui demande et celui qui offre, le mendiant et le marchand, le fragile et l’invincible.

En psychologie du travail, on appelle cela une dissonance de rôle. Votre réalité intérieure (l’inquiétude, le doute, la fatigue) entre en collision frontale avec le personnage qu’on vous demande de jouer (le candidat dynamique, adaptable, enthousiaste). Et cette collision, vous la vivez à chaque candidature, à chaque entretien, à chaque relance restée sans réponse.

Ce que dit la psychologie. La dissonance de rôle prolongée produit ce que les chercheurs appellent une usure identitaire. Le candidat finit par ne plus savoir s’il joue un rôle ou s’il est devenu ce rôle. Cette confusion entre le soi authentique et le soi performé est l’une des sources majeures d’épuisement dans la recherche d’emploi, bien avant les questions pratiques de CV ou de lettre de motivation.

1.2. La solitude structurelle du chercheur d’emploi

Il y a quelque chose que les articles de conseils oublient systématiquement de mentionner  : chercher un emploi, c’est un travail solitaire dans un monde qui valorise le collectif.

Vous êtes seul devant votre écran. Seul à décider si cette offre vaut le coup. Seul à reformuler pour la quatrième fois le deuxième paragraphe de votre lettre de motivation. Seul à vous demander si vous devez relancer ou si relancer fait “désespéré” . Seul à 15 h un mercredi, quand le reste du monde semble avoir un endroit où aller.

Et les gens autour de vous, même les plus bienveillants, ne comprennent pas vraiment. Ils vous demandent “alors, ça avance  ?” avec ce sourire encourageant qui donne envie de mordre. Ils vous envoient des offres qui ne correspondent à rien, précédées d’un “j’ai pensé à toi  !” qui prouve surtout qu’ils n’y ont pas pensé du tout. Ils vous disent “profite de cette période pour toi” comme si le chômage était une retraite spirituelle en Ardèche.

1.3. Quand le découragement n’est pas un échec mais une réaction saine

Alors oui, vous êtes parfois découragé. Parfois, vous passez une matinée entière sans envoyer une seule candidature. Parfois, vous regardez trois épisodes d’une série au lieu de “prospecter” . Et immédiatement, la culpabilité arrive, avec sa petite voix familière  : “Tu ne fais pas assez. Si tu voulais vraiment, tu pourrais.”

Mais voilà ce que la culpabilité ne vous dit pas  : le découragement, face à une situation objectivement décourageante, n’est pas un signe de faiblesse. C’est une réaction proportionnée. Votre cerveau fait exactement ce qu’il est censé faire quand il envoie des dizaines de signaux dans le vide sans obtenir de retour  : il se protège. Il économise son énergie. Il refuse de continuer à investir dans un système qui ne lui donne aucun retour.

Le problème n’est pas votre motivation. Le problème, c’est qu’on vous demande d’être motivé dans un système conçu pour ignorer cette motivation.

2. Pourquoi les conseils classiques de recherche d’emploi font souvent plus de mal que de bien  ?

Maintenant, regardons de plus près ces fameux conseils qu’on retrouve partout, dans les articles, les livres, les ateliers de France Travail, les posts de gourous sur les réseaux sociaux professionnels. Pas pour le plaisir de les démolir, mais pour comprendre pourquoi ils échouent si souvent à aider ceux qu’ils prétendent servir.

2.1. L’analyse de forces et faiblesses appliquée à soi-même  : quand le conseil d’entreprise dérape

Un conseil revient sans cesse  : faites un bilan de vos forces et de vos faiblesses. Certains vont même jusqu’à recommander de remplir un tableau stratégique à quatre cases, comme ceux qu’on utilise en marketing pour positionner un produit sur un marché.

Relisez cette phrase. On vous demande de vous appliquer à vous-même un outil conçu pour évaluer la position concurrentielle d’un dentifrice ou d’un aspirateur. Vous êtes, dans ce cadre, simultanément le produit, le responsable commercial, le directeur de la stratégie et le stagiaire qui remplit le tableau.

Dans la case “forces” , vous écrirez probablement “rigoureux” , “adaptable” , “bon esprit d’équipe” , c’est-à-dire exactement les mêmes mots que les 400 autres candidats qui postulent au même poste. Dans la case “faiblesses” , vous écrirez “perfectionniste” , parce que tous les guides de recherche d’emploi vous ont appris à déguiser une qualité en défaut, et que tout le monde le fait, et que tout le monde sait que tout le monde le fait, et que personne ne dit rien.

Regard de recruteur. En quinze ans de recrutement, je n’ai jamais vu un candidat retenu grâce à un tableau stratégique bien rempli. Ce qui fait la différence dans une candidature, c’est beaucoup plus simple et beaucoup plus rare  : montrer qu’on a compris le problème que l’entreprise cherche à résoudre. Pas réciter ses qualités comme une liste de courses. Montrer, concrètement, qu’on a réfléchi à ce que le poste implique. Cela suppose de lire l’offre vraiment, pas en diagonale. De se renseigner sur l’entreprise vraiment, pas en survolant la page “à propos” . De se demander  : si j’étais déjà en poste, quel serait mon premier chantier  ? C’est cette démonstration de compréhension qui retient l’attention. Pas un tableau à quatre cases.

2.2. Réseautage, événements professionnels et autres injonctions sociales

Autre grand classique  : participez à des rencontres professionnelles, des conférences, des événements informels après le travail. “Chaque opportunité est bonne à prendre  !” vous dit-on avec un point d’exclamation qui semble sincèrement croire à ce qu’il ponctue.

Soyons honnêtes trente secondes. Le réseautage comme stratégie de recherche d’emploi, ça fonctionne. Pour environ 5 à 10 % des profils, dans certains secteurs, dans certaines villes, pour des gens qui possèdent déjà un réseau de base, c’est-à-dire pour des gens qui n’en ont pas vraiment besoin.

Pour les autres, ceux qui n’ont pas fait la bonne école, pas grandi dans la bonne ville, pas été invités aux bons dîners, le “réseau” , c’est un mot qui désigne précisément ce qui leur manque. Leur dire “développez votre réseau” , c’est comme dire à quelqu’un qui a soif “buvez de l’eau” . Merci. Très éclairant.

Et puis il y a la réalité sociale de ces événements. Vous arrivez seul dans une salle où tout le monde semble se connaître. Vous tenez votre verre comme un accessoire de théâtre. Vous cherchez quelqu’un qui a l’air aussi perdu que vous pour entamer une conversation. Vous échangez des banalités. Vous rentrez chez vous avec deux cartes de visite de gens que vous ne recontacterez jamais. Et le lendemain, vous culpabilisez de ne pas avoir “saisi les opportunités” .

Ce que dit la psychologie. L’injonction au réseautage ignore un facteur déterminant  : la charge sociale qu’elle impose. Pour une personne en situation de fragilité professionnelle, se rendre à un événement de réseautage mobilise une énergie considérable, gestion de l’image de soi, contrôle émotionnel, adaptation sociale. Cette énergie est prélevée sur des ressources déjà entamées. Le bénéfice potentiel (un contact, une piste) est rarement proportionnel au coût psychologique réel de l’exercice.

2.3. Le mythe de la pensée positive appliquée à la recherche d’emploi

“Quand on veut, on peut.” “La recherche d’emploi, c’est l’ouverture d’un nouveau champ des possibles.” “Positivez et célébrez chaque petit succès.”

Ces phrases sont partout. Dans les articles, dans les discours des conseillers, dans les messages bien intentionnés de votre entourage. Elles sont prononcées avec une telle assurance qu’on finit par croire que le problème, quand on ne trouve pas d’emploi, c’est qu’on ne veut pas assez. Qu’on ne positive pas assez. Qu’on ne célèbre pas assez ses micro-victoires.

C’est, pour le dire simplement, une escroquerie intellectuelle.

Non pas que la disposition d’esprit soit sans importance. Évidemment qu’il vaut mieux aborder un entretien avec un minimum de confiance qu’en état de détresse visible. Mais transformer cette évidence en programme, en méthode, en injonction, c’est faire porter à l’individu la responsabilité d’un système qui dysfonctionne.

Quand un candidat envoie 200 candidatures et reçoit 3 réponses, le problème n’est pas son attitude. Le problème, c’est un marché du travail où des offres restent en ligne alors que le poste est déjà pourvu, où des processus de recrutement durent trois mois pour aboutir à un silence, où des algorithmes éliminent des CV avant qu’un seul regard humain ne se pose dessus.

Dire “quand on veut, on peut” à quelqu’un qui subit ça, ce n’est pas de l’encouragement. C’est de la culpabilisation déguisée en bienveillance.

Regard de recruteur. Je vais vous dire un secret que beaucoup de recruteurs connaissent mais que peu avouent  : une grande partie du processus de recrutement est arbitraire. Deux CV identiques peuvent connaître des destins radicalement différents selon l’humeur du lecteur, l’heure de réception, la charge de travail du moment. J’ai vu des candidats excellents refusés pour des raisons absurdes, et des candidats moyens embauchés parce qu’ils connaissaient quelqu’un, ou simplement parce que leur CV est arrivé au bon moment. Ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Mais c’est une raison pour arrêter de croire que chaque refus reflète votre valeur.

3. Ce que les articles de conseils ne vous disent jamais sur le marché de l’emploi

Au-delà des conseils individuels, il y a tout ce que les guides de recherche d’emploi ne mentionnent jamais, parce que ce serait admettre que le problème est aussi structurel, et pas seulement personnel.

3.1. Le réseau est un privilège, pas une compétence

On vous dit “activez votre réseau” comme si le réseau était un muscle qu’il suffisait d’entraîner. Mais un réseau professionnel, c’est d’abord un héritage social.

Celui qui a fait une grande école dispose, dès sa sortie, d’un annuaire de contacts dans les postes clés de son secteur. Celui qui a grandi dans un milieu où “on connaît des gens” a des portes déjà entrouvertes. Celui qui n’a rien eu de tout cela a une page sur un réseau social professionnel avec cinquante contacts, dont sa tante et un ancien camarade de lycée devenu agent immobilier dans une autre région.

Dire aux deux “développez votre réseau” , c’est donner le même conseil à quelqu’un qui part du dixième étage et à quelqu’un qui part du sous-sol. La phrase est identique. La réalité qu’elle recouvre est radicalement différente.

3.2. L’opacité des processus de recrutement n’est pas un détail, c’est le cœur du problème

Voici une expérience que la quasi-totalité des chercheurs d’emploi ont vécue au moins une fois.

Vous trouvez une offre qui correspond exactement à votre profil. Vous passez deux heures à rédiger une candidature soignée. Vous l’envoyez. Et puis… rien. Pas un accusé de réception. Pas un refus. Rien. Le vide. Pendant trois semaines, un mois, deux mois. Vous hésitez à relancer, parce que relancer peut être perçu comme du harcèlement ou comme de la persévérance, et personne ne vous dit où se situe la frontière entre les deux.

Parfois, l’offre est toujours en ligne deux mois après. Le poste est-il pourvu  ? L’offre est-elle encore active  ? Personne ne le sait. Personne ne prend la peine de mettre à jour. Votre candidature flotte dans un système qui ne vous doit aucun compte.

Ce silence n’est pas un accident. C’est une norme. Et cette norme est destructrice, parce qu’elle prive le candidat de la seule chose dont il aurait besoin pour s’ajuster  : un retour. Même négatif. Même bref. Même automatique.

3.3. La compétence invisible  : pourquoi “être bon” ne suffit pas

Il y a une croyance tenace dans les articles de conseils, et elle s’énonce ainsi  : si vous êtes compétent et que vous le montrez bien, vous trouverez. Travaillez votre CV, perfectionnez votre présentation, apprenez à vous vendre, et le marché vous récompensera.

Cette croyance est rassurante. Elle est aussi largement fausse.

La compétence est une condition nécessaire, mais radicalement insuffisante. Ce qui détermine l’issue d’un recrutement, c’est un entrelacement de facteurs dont la plupart échappent au candidat  :

  • Le moment où il postule (trop tôt, trop tard, pendant les vacances du recruteur)
  • La lisibilité de son parcours pour un algorithme de tri automatique
  • L’adéquation perçue (pas réelle, perçue) entre son profil et la culture de l’entreprise
  • La qualité de la connexion humaine lors de l’entretien, qui dépend autant de la fatigue du recruteur que du talent du candidat
  • L’existence ou non d’un candidat interne, déjà pressenti, pour lequel l’offre publique n’est qu’une formalité légale

Aucun de ces facteurs ne figure dans les articles de conseils. Parce qu’admettre leur existence reviendrait à dire au lecteur  : tu peux faire tout ce qu’il faut et échouer quand même. Et ça, ce n’est pas vendeur.

Mais c’est vrai. Et savoir que c’est vrai est la première étape pour cesser de se détruire à chaque refus.

4. Ce qui fait vraiment la différence  : des pistes honnêtes, sans fausse promesse

Arrivé à ce point du texte, vous pourriez légitimement vous demander  : à quoi bon, alors  ? Si le système est opaque, si les conseils sont creux, si la compétence ne suffit pas, à quoi bon continuer  ?

La réponse est simple, et elle n’a rien d’héroïque  : on continue parce qu’on n’a pas le choix. Et dans cet espace contraint, il existe des choses qui aident réellement, pas des formules magiques, mais des ajustements concrets, vérifiés par l’expérience de ceux qui recrutent et de ceux qui accompagnent.

4.1. Comprendre le problème de l’entreprise avant de parler de soi

C’est le conseil le plus simple et le moins appliqué de toute la recherche d’emploi.

La majorité des candidatures parlent du candidat. Ses compétences, son parcours, ses qualités, ses motivations. “Je suis rigoureux, dynamique, passionné par votre secteur.” Le recruteur lit ça quinze fois par jour. Ça glisse sans accrocher.

Ce qui accroche, c’est l’inverse. C’est un candidat qui montre qu’il a compris ce que l’entreprise cherche à accomplir, quel problème elle essaie de résoudre, et qui propose, concrètement, une amorce de réponse.

Cela suppose un travail en amont  :

  • Lire l’offre d’emploi lentement, phrase par phrase, en cherchant ce qui se cache derrière les formulations convenues
  • Se renseigner sur l’entreprise au-delà de sa page “qui sommes-nous” : ses actualités récentes, ses difficultés visibles, ses recrutements passés
  • Se poser une question simple  : si j’étais embauché lundi, quel serait mon premier chantier  ?

Regard de recruteur. Quand un candidat me montre qu’il a compris mon problème, je lui pardonne presque tout le reste. Un CV imparfait, un parcours atypique, une faute dans la lettre. Parce que cette compréhension prouve quelque chose qu’aucun diplôme ne certifie  : la capacité à se décentrer, à penser depuis l’autre. C’est rare. Et c’est exactement ce dont j’ai besoin dans une équipe.

4.2. Réduire le volume, augmenter la précision

Un autre réflexe destructeur de la recherche d’emploi  : l’envoi massif. Ratisser large. Postuler à tout ce qui ressemble de près ou de loin à son profil, dans l’espoir statistique que l’un des filets finira par attraper quelque chose.

Cette stratégie du volume a un coût invisible  : elle dilue votre énergie, standardise vos candidatures et vous condamne à la médiocrité par épuisement. Quand vous postulez à quarante offres dans une semaine, aucune ne reçoit l’attention qu’elle mérite.

L’alternative, contre-intuitive mais documentée, consiste à réduire le nombre de candidatures pour augmenter la qualité de chacune  :

  • Cinq candidatures soignées valent mieux que trente candidatures génériques
  • Chaque candidature devrait être un acte de réflexion, pas un geste mécanique
  • Le temps “gagné” sur le volume est réinvesti dans la recherche, la compréhension du poste, la personnalisation

Ce n’est pas une garantie de résultat. Rien ne l’est. Mais c’est un usage plus intelligent d’une ressource limitée  : votre énergie.

4.3. Protéger sa santé mentale n’est pas un luxe, c’est une stratégie

Les articles de conseils vous disent de “rester en forme” et de “manger équilibré” comme si la recherche d’emploi était un marathon sponsorisé. Mangez des acides gras, faites du sport, dormez huit heures. Comme si le problème du chômage se réglait au rayon compléments alimentaires.

La réalité est à la fois plus prosaïque et plus sérieuse. Protéger sa santé mentale pendant une recherche d’emploi, ce n’est pas manger du poisson gras. C’est poser des limites à une activité qui, sans limites, dévore tout.

Concrètement  :

  • Définir des horaires de recherche. Pas chercher du matin au soir, mais se donner une plage dédiée, deux à trois heures par jour, et s’y tenir. En dehors de cette plage, vous n’êtes pas un chercheur d’emploi. Vous êtes une personne qui vit sa vie.
  • Limiter la consultation compulsive des courriels. Si vous rafraîchissez votre boîte de réception seize fois par jour, ce n’est pas de la diligence, c’est de l’anxiété. Deux vérifications par jour suffisent. Le reste du temps, fermez l’onglet.
  • Maintenir des activités qui n’ont rien à voir avec l’emploi. Non pas pour “développer vos compétences transversales” . Pour rester un être humain complet. Pour que votre identité ne se réduise pas à votre statut professionnel.
  • Autoriser le découragement. Vous avez le droit de passer une mauvaise journée sans que cela signifie quoi que ce soit sur vos chances de trouver un emploi. Le découragement ponctuel n’est pas un échec. C’est un signal que votre organisme vous envoie pour vous dire de souffler.

Ce que dit la psychologie. Ce qui prédit le mieux la résilience dans une recherche d’emploi prolongée, ce n’est ni l’optimisme ni la combativité. C’est ce qu’on appelle le locus de contrôle ajusté  : la capacité à distinguer ce qui dépend de soi (la qualité de ses candidatures, l’entretien de ses compétences) de ce qui n’en dépend pas (l’état du marché, les décisions des recruteurs, le hasard). Les personnes qui maintiennent cette distinction souffrent moins, agissent mieux et, paradoxalement, trouvent plus vite, parce qu’elles ne gaspillent pas leur énergie à culpabiliser pour des choses qu’elles ne contrôlent pas.

4.4. Accepter le hasard sans s’y abandonner

La part de hasard dans une recherche d’emploi est immense, et aucun article de conseils ne le reconnaît, parce que le hasard ne se monétise pas. On ne peut pas écrire “Conseil numéro 7  : ayez de la chance” sans que le lecteur referme la page.

Pourtant, c’est la vérité. Le bon poste au bon moment, le recruteur qui s’arrête sur votre CV parce qu’un détail l’intrigue, l’annulation du candidat pressenti qui libère une place, tout cela relève de l’aléatoire. Et l’aléatoire, par définition, ne se contrôle pas.

Ce qu’on peut contrôler, en revanche, c’est la manière dont on se positionne face au hasard. On peut multiplier les occasions sans s’y épuiser. On peut entretenir une veille légère, sans obsession. On peut rester disponible à l’inattendu sans faire de l’inattendu une stratégie.

C’est un équilibre délicat. L’effort sans la crispation. La persévérance sans l’acharnement. La patience sans la résignation.

Personne ne vous expliquera comment atteindre cet équilibre dans un tableau à quatre cases.

Conclusion

Ce texte ne va pas vous trouver un emploi. Aucun texte ne le peut. Aucun article, aucun guide, aucun conseil en dix points ne remplacera jamais la rencontre imprévisible entre votre parcours et le besoin de quelqu’un, quelque part, à un moment donné.

Mais peut-être qu’il peut desserrer un peu l’étau.

Vous rappeler que si les articles de conseils classiques vous laissent un goût amer, ce n’est pas parce que vous les appliquez mal, c’est parce qu’ils posent mal le problème. Ils partent du principe que la recherche d’emploi est un jeu dont il suffit de connaître les règles pour gagner. Or ce n’est pas un jeu. C’est un système complexe, partiellement opaque, partiellement injuste, où la compétence compte mais ne suffit pas, où le hasard pèse mais ne décide pas de tout, où la persévérance aide mais peut aussi user jusqu’à l’os si elle n’est pas accompagnée de lucidité.

Vous n’êtes pas un produit à optimiser. Vous n’êtes pas une marque à positionner. Vous n’êtes pas un actif dont la valeur se mesure au nombre de réponses positives reçues cette semaine.

Vous êtes une personne qui cherche à vivre dignement. Et si la recherche dure plus longtemps que prévu, ce n’est probablement pas parce que vous n’avez pas assez mangé de poisson gras.

C’est peut-être juste que le monde du travail, en ce moment, est un endroit difficile. Et que naviguer dans un endroit difficile sans se perdre, c’est déjà beaucoup. C’est peut-être même l’essentiel.

La prochaine fois que quelqu’un vous dira “quand on veut, on peut” , vous aurez le droit de répondre, doucement, fermement  : c’est plus compliqué que ça.

Et ce sera la vérité.

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