Comment rédiger la rubrique compétences de votre CV ?

Compétences CV

Comment rédiger la rubrique compétences de votre CV ?

Comment rédiger la rubrique compétences de votre CV ?

Vous êtes peut-être en train de retoucher votre CV pour la dix-septième fois.

Vous avez changé la police, reformulé l’accroche, déplacé une expérience de stage de 2016… et vous butez sur rubrique  : « Compétences ».

Vous savez bien qu’il faut la remplir. Et en même temps, chaque mot que vous tapez vous donne l’impression de vous éloigner un peu de vous-même. C’est un excellent signe. Si ça vous gêne encore, c’est que quelque chose en vous refuse de devenir pure marchandise.

Cet article n’a pas pour but de vous apprendre à enjoliver plus habilement. Il vise à vous aider à construire une rubrique « Compétences » qui augmente réellement vos chances d’être retenu…

Entrons dans le vif du sujet.

1. Pourquoi la rubrique «    ;Compétences   ; » de votre CV compte plus que vous ne le pensez

On vous a longtemps présenté cette rubrique comme un appendice technique, une zone à remplir avec quelques mots-clés censés rassurer les recruteurs. En réalité, c’est le seul endroit de votre CV où vous affirmez, sans récit ni contexte  : « voilà de quoi je suis capable ».

Et cette phrase-là, vous avez mis des années à l’enrober, à la diluer, à la rendre supportable.

1.1. Ce que vous croyez faire en la rédigeant

Quand vous vous attaquez à cette rubrique, vous avez l’impression de réaliser un exercice simple  :
compresser vos savoir-faire professionnels sous forme de liste.

Concrètement, le scénario est souvent le même  :

  • Vous recherchez « exemple compétences CV » sur un moteur de recherche.
  • Vous piochez dans deux ou trois modèles génériques.
  • Vous établissez une petite hiérarchie intérieure  : « ça, tout le monde le met, donc je le note  ; ça, ça fait sérieux  ; ça, c’est limite, mais si je ne l’affiche pas, je n’aurai même pas d’entretien ».

Vous avez l’impression de « jouer le jeu ». D’être pragmatique.

Vous occultez seulement un fait  : ce que vous alignez là va devenir votre version officielle. Celle que vous devrez ensuite endosser, défendre, performer.

1.2. Ce que cette rubrique révèle (objectivement) de vous

Derrière chaque compétence que vous énumérez, il y a un vécu que votre CV ne raconte pas.

« Gestion de projet » ? Peut-être des semaines entières à recoller des morceaux pour éviter qu’un dossier ne s’effondre.
« Travail en équipe » ? Peut-être dix ans à contenir votre irritation pour maintenir une paix sociale fragile.
« Sens de l’organisation » ? Peut-être surtout la peur constante d’oublier quelque chose et de payer l’erreur au prix fort.

Votre rubrique « Compétences » n’est pas un tableau neutre.
Elle exprime, qu’on le veuille ou non  :

  • Ce que vous supposez que le marché du travail attend de vous.
  • Ce que vous êtes prêt à continuer à offrir.
  • Ce que vous laissez disparaître de votre propre récit – toutes les dimensions de vous qui ne trouvent pas leur traduction en jargon professionnel.

Elle dit aussi ce que vous taisez  : vos limites, vos refus, vos seuils de tolérance.
Tout ce qui ne se met pas dans une puce de CV, mais qui gouverne pourtant vos journées.

1.3. Ce qu’un recruteur lit réellement dans cette liste

En face, il y a quelqu’un qui lit.
Pas necessarily une machine à broyer, souvent une personne saturée, qui a déjà parcouru vingt dossiers avant le vôtre.

Face à une rubrique « Compétences », un recruteur perçoit, très rapidement  :

  • Une liste générique, visiblement recopiée  : vous êtes remplaçable.
  • Une accumulation sans priorité (« gestion du temps, travail en équipe, adaptabilité, créativité, rigueur, autonomie… »)  : vous cherchez à cocher toutes les cases, donc vous n’en incarnez pleinement aucune.
  • Une sélection courte, cohérente, visiblement reliée au poste  : quelqu’un qui a clarifié ce qu’il propose.

Un recruteur ne cherche pas une chimère polyvalente. Il cherche une personne capable de résoudre un certain type de problèmes, dans un contexte donné.
Votre rubrique « Compétences » lui sert à répondre à une question très simple  :
« Est-ce que cette personne sait faire ce dont j’ai besoin, ou essaie-t-elle seulement de dire ce que tout le monde dit  ? »

2. Ce que la rubrique « Compétences » fait à votre identité professionnelle

On commente rarement ce point  : l’effet du CV, non pas sur le recruteur, mais sur celui qui le rédige.
On traite le document comme une simple interface entre un candidat et un poste. En réalité, c’est un instrument de formatage  : à force de vous y décrire de la même façon, vous finissez par vous y croire.

Et une fois habitué à cette version-là de vous-même, il devient très difficile de se rappeler qu’elle est partielle, orientée, et parfois franchement biaisée.

2.1. Le glissement progressif vers le mensonge « raisonnable »

Vous ne racontez pas n’importe quoi.
Vous pratiquez ce que vous appelez sans doute, pour vous rassurer, une « légère exagération ». Une mise en valeur.

Vous  :

  • Amplifiez un niveau de maîtrise sur un logiciel que vous manipulez en réalité en surface.
  • Qualifiez de « courant » une langue que vous parlez à peu près en vacances.
  • Vous déclarez « très à l’aise à l’oral » alors que chaque intervention vous coûte deux jours d’anticipation anxieuse.

Et vous vous dites  : « Si je ne le fais pas, les autres le feront à ma place, et je serai éliminé avant même d’entrer dans la salle. »

Ce raisonnement se tient, d’un point de vue stratégique.
Mais le problème n’est pas seulement moral. Il est identitaire.

À force de répéter la version « marketable » de vous-même, vous commencez à vous y mesurer. Vous finissez par douter de votre propre perception.

Où s’arrête « ce que je sais réellement faire » ?
Où commence « ce que j’ai réussi à faire passer pour acquis » ?

C’est dans cet entre-deux que se niche ce qu’on appelle, un peu vite, le sentiment d’imposture  :
ce décalage permanent entre le personnage affiché et l’individu réel, que vous traînez partout avec vous.

2.2. L’usure de jouer en continu son propre rôle

Il y a ce que vous accomplissez concrètement dans la journée.
Et il y a le rôle que vous devez jouer pour correspondre au portrait-robot de votre CV.

Votre rubrique « Compétences », c’est la promesse de performance que vous signez.
Le problème, c’est qu’un engagement trop ambitieux se transforme vite en contrainte impossible.

Lorsque vous vous présentez comme expert en « gestion de situations complexes », il faut ensuite accepter d’être exposé en permanence à des urgences absurdes.
Lorsque vous vous affichez « très orienté client », il faut tolérer un niveau de sollicitation émotionnelle que vous ne supportez plus.
Lorsque vous clamez être « force de proposition constante », il faut continuer à générer des idées, même quand vous êtes vidé.

Il ne s’agit plus seulement d’obtenir un poste.
Il s’agit de constater, quelques années plus tard, ce qu’il reste de vous après avoir essayé de coller à un portrait qui n’a jamais vraiment été le vôtre.

2.3. Entre se vendre et se respecter  : réduire l’écart

Vous pourriez continuer ainsi. Adapter vos compétences à chaque offre, comme on ajuste sa tenue à chaque milieu social, en espérant passer le contrôle sans incident.

Mais le simple fait que vous lisiez ce texte indique déjà une chose  :
ce type de compromission commence à vous lasser.

La véritable question n’est pas  : « dois-je être stratège ou sincère  ? »
Elle ressemble plutôt à ceci  :

  • Jusqu’où puis-je aller dans l’adaptation sans me perdre complètement  ?
  • Quelle part de ce que je sais faire suis-je encore disposé à monnayer, et laquelle ne l’est plus  ?

La première option – s’aligner au maximum sur les attentes du marché – garantit souvent plus d’entretiens.
La seconde – conserver un socle minimal de cohérence – garantit seulement de vous retrouver encore un peu dans le miroir le matin.

L’enjeu n’est pas de choisir l’une contre l’autre, mais de réduire la distance entre les deux.

3. Construire une rubrique « Compétences » à la fois efficace et supportable

Il est temps de passer à la méthode.Vous n’avez pas besoin d’un sermon, mais d’un protocole réaliste pour rédiger cette rubrique sans vous saborder professionnellement, ni vous mutiler psychiquement.

Oui, cela suppose une forme de calcul.Non, cela ne contraint pas à la falsification totale.

3.1. Partir de ce que vous faites réellement  : inventorier, traduire, renoncer

Avant de charger un modèle tout fait, prenez une feuille de papier. L’outil importe  : l’écran pousse à l’effacement rapide, la page incite à la confrontation.

Notez, sans filtre, tout ce que vous faites concrètement dans votre travail, y compris ce qui ne ressemble pas à un intitulé de fiche de poste  :

  • « Désamorcer un client en colère au téléphone. »
  • « Reprendre un dossier laissé à l’abandon et le mener au bout. »
  • « Annoncer à quelqu’un une mauvaise nouvelle sans le détruire. »
  • « Organiser une réunion de façon à ce qu’elle ne soit pas une pure perte de temps. »

Ensuite seulement, traduisez ces éléments dans un langage recevable par un recruteur  :

  • « Gestion de situations clients délicates. »
  • « Reprise et finalisation de dossiers en difficulté. »
  • « Annonce de décisions sensibles de manière constructive. »
  • « Conception et animation de réunions orientées résultats. »

Puis classez en trois colonnes  :

  1. Ce que vous savez faire et que vous êtes prêt à continuer à faire.
  2. Ce que vous savez faire mais que vous ne voulez plus vendre (même si vous pourriez encore le faire).
  3. Ce que vous ne savez pas vraiment faire, mais que vous projetez d’apprendre ou que vous affichez pour “faire comme tout le monde” .

Votre rubrique « Compétences » devrait être majoritairement constituée de la première catégorie.
La deuxième mérite d’être progressivement retirée de vos CV, même si cela vous semble dangereux.
La troisième devrait, idéalement, disparaître tout de suite.

3.2. Hiérarchiser et formuler sans se raconter d’histoires

Une rubrique « Compétences » n’est pas un inventaire de tout ce qui a croisé votre vie. C’est un choix délibéré.

Quelques repères concrets  :

Nombre de compétences  :
Visez entre 6 et 10 compétences, pas davantage.
En dessous, vous donnez une image trop étroite de vous.
Au-dessus, vous dissolvez votre profil dans une bouillie indistincte.

 

Regrouper plutôt qu’empiler  :

  • « Compétences techniques » : logiciels, méthodes, langues, outils.
  • « Compétences relationnelles » : négocier, écouter, cadrer, convaincre.
  • « Compétences d’organisation » : prioriser, planifier, coordonner.

Qualifier sobrement le niveau  :

  • Pour les langues  :

    • « Anglais  : courant (utilisé quotidiennement à l’écrit et à l’oral). »
    • « Espagnol  : professionnel (réunions hebdomadaires, échanges avec clients). »
  • Pour les outils  :
    • « Tableur  : niveau avancé (tableaux croisés dynamiques, formules complexes). »
    • « Outil de gestion de projet  : niveau intermédiaire (planification, suivi, tableaux de bord simples). »

La règle implicite est simple la suivante  :
Dès que vous hésitez à assumer « avancé » devant quelqu’un qui maîtrise vraiment l’outil, contentez-vous de « intermédiaire ». Votre sommeil vous dira merci.

3.3. Faire coïncider compétences et expériences  : limiter la dissonance

Chaque compétence mise en avant doit pouvoir être retrouvée, incarnée, dans vos expériences.

Très concrètement  :

  • Vous mentionnez « gestion de projet » :
    → l’une de vos expériences doit décrire un projet, une durée, un rôle précis, un résultat.
  • Vous revendiquez « travail en équipe » :
    → on doit voir avec qui vous avez travaillé, sur quoi, à quel niveau de responsabilité.
  • Vous affichez « analyse de données » :
    → au moins une expérience doit évoquer le type de données, les outils, l’objectif (optimisation, suivi, décision…).

Sinon, votre rubrique « Compétences » flotte comme un discours publicitaire posé sur une biographie qui ne lui correspond pas.
Et cette dissonance-là, un recruteur expérimenté la repère en quelques secondes.

4. Exemples de rubriques «    ;Compétences   ; » crédibles (et tenables)

Rien ne remplace l’exemple pour tester la solidité d’une approche.
Voici trois rubriques possibles, adaptées à trois types de profils. Elles ne prétendent pas à la perfection, mais à la vraisemblance – et à la possibilité d’être réellement incarnées.

4.1. Profil débutant  : assumer la réalité plutôt que surjouer

Profil  : jeune diplômé en communication, première expérience en stage et en alternance.

Rubrique « Compétences » :

Compétences techniques
Rédaction de contenus (articles courts, lettres d’information, publications pour les réseaux sociaux)
Utilisation courante des outils bureautiques (traitement de texte, tableur, présentation)
Mise à jour de contenus sur site internet (intégration, corrections simples)

Compétences relationnelles
Recueil des besoins d’un interlocuteur interne (entretien, prise de notes, reformulation)
Travail en binôme avec un responsable de communication
Restitution claire de l’information à l’écrit et à l’oral

Organisation et suivi
Planification simple de petites actions de communication
Suivi de retours (indicateurs de base, remontée des retours qualitatifs)

Pourquoi c’est solide  :

  • Aucune surenchère sur des responsabilités qu’un débutant n’a pas.
  • Des verbes d’action précis, reliables à des tâches concrètes.
  • Une image cohérente d’une personne en début de parcours, formée mais pas mythomane.

4.2. Profil en reconversion  : traduire un métier en un autre

Profil  : ancien vendeur en magasin, en reconversion vers un poste d’assistant administratif.

Rubrique « Compétences » :

Compétences administratives
Gestion de dossiers clients (création, mise à jour, classement)
Saisie et vérification de données dans un tableur
Rédaction de courriels professionnels simples et structurés

Compétences relationnelles
Accueil et orientation de clients parfois en situation de tension
Explication de procédures ou d’offres de manière accessible
Gestion de réclamations avec recherche de solution acceptable pour les deux parties

Organisation et priorisation
Traitement de plusieurs demandes simultanées
Respect de délais courts en période de forte affluence
Appropriation rapide de nouveaux outils informatiques (formations internes suivies, adaptation aux systèmes de caisse et de gestion)

Pourquoi c’est pertinent  :

  • Les compétences issues du commerce sont reformulées dans le langage de l’administratif.
  • On voit le transfert possible vers la relation usager / client interne.
  • Rien n’est inventé  : on reste dans le champ de ce qui a été réellement pratiqué.

4.3. Profil expérimenté  : laisser l’expérience parler sans superlatifs

Profil  : chef de projet avec une dizaine d’années d’expérience dans le secteur numérique.

Rubrique « Compétences » :

Pilotage de projet
Définition d’objectifs, de livrables et de rétroplannings
Coordination d’équipes pluridisciplinaires (3 à 10 personnes  : profils techniques, fonctionnels, métiers)
Suivi de budgets et arbitrages simples entre coût, délai et périmètre

Relation avec les interlocuteurs
Animation d’ateliers de cadrage (en présentiel et à distance)
Restitution des avancées auprès de directions non techniques
Gestion de tensions et recherche de compromis entre contraintes divergentes

Organisation et amélioration continue
Mise en place de rituels d’équipe (réunions courtes, points de suivi, bilans réguliers)
Capitalisation des apprentissages en fin de projet
Adaptation des méthodes de travail selon le contexte (projet court, long, très contraint en délais)

Pourquoi c’est crédible  :

  • Pas de titre pompeux, mais une description précise des actions.
  • On visualise immédiatement le type d’environnements dans lesquels la personne a évolué.
  • Cette rubrique peut se relier à des expériences détaillées sans que rien ne sonne faux.

Conclusion

Vous pouvez refermer cet article, rouvrir votre CV, supprimer trois compétences, en reformuler deux, déplacer une rubrique, et considérer que vous avez « amélioré » votre dossier.
Ce serait déjà un progrès.

Mais le véritable travail commence ailleurs.

Il consiste à vous poser, devant chaque compétence que vous inscrivez, une question que très peu de personnes se permettent  :
« Ai-je encore envie que ma vie professionnelle soit structurée par cette compétence dans quelques années  ? »

Ce n’est pas une question confortable.
Rien, dans l’organisation actuelle du travail, n’encourage ce type d’examen. Tout vous pousse au contraire à vous rendre le plus compatible possible, à vous ajuster, à entrer dans le moule.

Vous ne contrôlez ni les logiciels qui filtrent les CV, ni les contraintes budgétaires des entreprises, ni l’humeur du recruteur qui lira — ou pas — votre dossier.
Vous contrôlez, en revanche, ce que vous acceptez de proclamer de vous-même, noir sur blanc.

Votre rubrique « Compétences » peut rester un petit mensonge fonctionnel de plus, administré en silence comme tout le monde.
Ou bien devenir un début, modeste mais réel, de réconciliation entre ce que le marché croit vouloir et ce que vous êtes encore disposé à lui livrer.

La différence ne se voit pas toujours de l’extérieur.
Mais vous, vous saurez très bien de quel côté vous êtes tombé, en relisant votre CV.

Et ce savoir-là, à défaut d’augmenter instantanément votre salaire, vous évitera peut-être de vous perdre tout à fait dans la liste de vos propres compétences.

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