
Pourquoi vous n’obtenez pas d’offre après vos entretiens d’embauche (alors que votre CV est bon) ?
Pourquoi vous n’obtenez pas d’offre après vos entretiens d’embauche (alors que votre CV est bon) ?
Il y a ce moment très précis, à la sortie de l’entretien d’embauche.
Vous rabattez la porte vitrée, vous faites quelques pas dans le couloir, et une petite voix en vous dit : « Franchement, ça s’est plutôt bien passé. »
Puis les heures passent.
Puis les jours.
Puis le fameux mail tombe, ou ne tombe même pas.
Résultat : encore pas d’offre après entretien d’embauche. Encore.
On vous appelle pourtant. Votre CV fonctionne, votre profil « intéresse ». On vous fait asseoir, on vous propose parfois un café. On écoute vos réponses, on hoche la tête. Puis on choisit quelqu’un d’autre. À force, ce n’est plus seulement frustrant : c’est presque humiliant. On vous voit, mais on ne vous choisit pas.
Cet article n’est pas là pour vous dire de « croire en vous » ou de « rester positif ». Il est là pour vous proposer deux vraies questions, exigeantes, un peu inconfortables, qui changent la manière dont vous vous présentez en entretien – et peuvent, enfin, faire la différence entre une jolie conversation… et une offre.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
1. Pourquoi vos entretiens d’embauche n’aboutissent-ils pas à une offre ?
Avant de vous accuser, ou d’accuser les recruteurs, il faut déplier ce qui se joue dans ce face-à-face étrange. Un entretien d’embauche, ce n’est pas un examen scolaire, mais ce n’est pas non plus une conversation entre amis. C’est un théâtre mal défini, avec des règles floues et beaucoup de non-dits.
1.1. Que se passe-t-il vraiment quand vous sortez d’un entretien sans réponse ?
Quand vous ressortez, vous vous jugez souvent sur votre ressenti :
« J’ai été à l’aise », « j’ai répondu à tout », « ça a bien accroché ».
Eux, de l’autre côté, se jugent sur autre chose :
- « Est-ce que je comprends ce que cette personne sait faire ? »
- « Est-ce que je me vois travailler avec elle tous les jours ? »
Vous, vous évaluez votre prestation.
Eux, ils évaluent la lisibilité et la fréquentabilité de la personne en face.
C’est là qu’apparaît le premier fossé.
Vous pouvez avoir l’impression d’avoir été « bon », tout en restant flou, ou froid, ou absent pour eux. Et ça, vous ne le voyez pas.
1.2. Est-ce forcément vous le problème quand il n’y a pas d’offre après entretien d’embauche ?
Non, évidemment.
Il y a des paramètres que vous ne contrôlez pas :
- le candidat interne déjà pressenti ;
- les changements de budget ;
- le manager qui change d’avis sur le profil ;
- le recrutement mis en pause sans qu’on vous le dise.
Mais quand vous enchaînez les cas où vous n’avez aucune offre après entretien d’embauche, il devient dangereux de tout mettre sur le dos du hasard ou de l’injustice.
À un moment, il faut accepter de regarder en face ce que vous, vous maîtrisez :
- ce que vous racontez ;
- la façon dont vous le racontez.
C’est précisément là que se nichent vos deux leviers.
1.3. Quelle est la seule question utile avant d’accuser le monde entier ?
La tentation est forte de se dire :
« Ils n’y connaissent rien », « ils veulent des clones », « le marché est pourri ».
Peut-être.
Mais avant d’en faire une vérité, posez-vous cette question simple :
« Si je me filmais pendant l’entretien, est-ce que j’aurais, moi-même, envie de me recruter ? »
Si la réponse est « je ne sais pas » ou « honnêtement, pas sûr », alors vous tenez votre point de départ.
Pas un verdict, un point de départ.
2. Première question-clé : qu’est-ce que je raconte vraiment en entretien ?
Vous pensez parler de vos expériences. En réalité, vous racontez une histoire sur vous-même : ce que vous faites quand un problème arrive, comment vous réagissez face à la difficulté, quelle place vous prenez dans une équipe.
La plupart du temps, quand il n’y a pas d’offre après entretien, ce n’est pas parce que votre histoire est mauvaise. C’est parce qu’elle est floue, mal cadrée, ou qu’elle raconte accidentellement quelque chose que vous ne vouliez pas dire.
2.1. Vos réponses permettent-elles vraiment au recruteur de comprendre ce que vous avez fait ?
Prenons la question classique : « Parlez-moi d’une situation difficile que vous avez gérée. »
Souvent, vous répondez comme ça :
« Alors, c’était dans le cadre d’un projet important pour l’entreprise, avec plusieurs parties prenantes. Il y avait beaucoup d’enjeux, une vraie pression, et du coup, il a fallu faire preuve de réactivité et de sens de l’organisation. »
C’est joliment flou.
On ne sait pas :
- quel était le problème précis ;
- ce que vous, vous avez fait, concrètement ;
- ce que ça a changé à la fin.
Résultat : on entend quelqu’un qui parle, mais pas quelqu’un qui agit.
Un recruteur ne peut pas faire une offre à un nuage de bonnes intentions.
La base d’une bonne histoire d’entretien, c’est une structure simple :
- Le problème : « Nous devions livrer X en Y temps, et nous allions clairement être en retard. »
- Votre geste : « J’ai proposé de… / J’ai pris en charge… / J’ai décidé de… »
- Le résultat : « On a livré à temps / on a réduit l’impact / on a appris X pour la suite. »
Si, en vous écoutant, on ne peut pas remplir ces trois cases, votre réponse ne tient pas.
2.2. Comment choisir des exemples qui donnent envie de vous faire une offre ?
Autre erreur fréquente : choisir des exemples trop complexes, parce qu’ils flattent votre ego.
« Ce dossier m’a pris six mois, c’était stratégique, hyper politique, ultra technique. »
Très bien. Mais si, pour le raconter, il vous faut dix minutes d’historique et cinq acronymes, vous perdez tout le monde.
Un bon exemple d’entretien, ce n’est pas forcément :
- l’affaire la plus compliquée ;
- le projet le plus long ;
- la mission la plus prestigieuse.
C’est une situation lisible, avec :
- un enjeu clair ;
- une action identifiable ;
- un résultat visible, même modeste.
Mieux vaut raconter comment vous avez sauvé une petite livraison en trois jours, de façon très concrète, que de résumer un an de projet ingérable en trois phrases abstraites.
2.3. Comment tester la clarté de vos histoires d’entretien d’embauche ?
Plutôt que de vous fier à votre impression, faites un test très simple :
- Choisissez 2 ou 3 situations que vous comptez raconter en entretien.
- Expliquez-les à un ami qui ne fait pas votre métier.
- Demandez-lui, ensuite, de reformuler :
- ce qu’il a compris du problème ;
- ce qu’il a compris de ce que vous avez fait ;
- ce qu’il a compris du résultat.
S’il hésite, s’il confond votre rôle avec celui de vos collègues, s’il ne voit pas l’enjeu, c’est que votre histoire est bancale.
Ce n’est pas vous qui êtes raté.
C’est votre mise en scène qui ne vous rend pas justice.
3. Deuxième question-clé : qui voient-ils quand vous parlez ?
Vous êtes dans la salle, vous répondez, vous faites de votre mieux. Vous avez votre monologue intérieur : « Ne dis pas de bêtise », « n’oublie pas de mentionner ce stage », « regarde-le dans les yeux, mais pas trop ».
Eux, en face, ne voient pas ce monologue. Ils voient un corps, un ton, un visage. Ils voient une personne avec qui ils vont, ou non, avoir envie de passer leurs journées.
Quand il n’y a pas d’offre après entretien d’embauche, alors que vos exemples sont solides, il est temps de vous demander non plus seulement ce que vous dites, mais qui vous êtes en train d’incarner.
3.1. Quel visage présentez-vous sans vous en rendre compte ?
Imaginez que quelqu’un vous filme pendant tout l’entretien.
Vous serrez les mâchoires.
Vous croisez les bras sans même le sentir.
Vous regardez la table quand on vous pose une question personnelle.
Vous, vous avez l’impression d’être « concentré ».
Eux voient quelqu’un :
- fermé ;
- crispé ;
- difficile à lire.
Or un recruteur cherche aussi autre chose que des compétences : il cherche quelqu’un avec qui la collaboration sera supportable au quotidien.
Si vous donnez l’impression de vous protéger en permanence, même inconsciemment, le message qui passe est :
« Cette personne sera difficile à gérer, ou peu ouverte. »
3.2. Êtes-vous en train de réciter ou de parler avec le recruteur ?
Beaucoup de candidats, par peur de « mal répondre », apprennent des réponses quasi par cœur.
Résultat :
- le ton devient mécanique ;
- les intonations tombent à plat ;
- le recruteur a l’impression d’être face à un répondeur organisé.
Paradoxalement, cette sur-préparation donne une sensation de fausseté.
Un entretien n’est pas un oral où il faut réciter le texte tout préparé. C’est une conversation professionnelle. On vous préférera toujours :
- un léger temps de réflexion avant de répondre,
plutôt qu’une phrase parfaite débitée sans respiration.
La question à vous poser est :
« Est-ce que je suis en train de répondre à une personne, ou de réciter devant un jury imaginaire ? »
Le recruteur, lui, le sent tout de suite.
3.3. Comment renvoyer une image chaleureuse sans jouer un rôle ?
On vous demande parfois d’être « plus souriant », « plus détendu ». Dit comme ça, c’est insupportable : vous n’avez pas un bouton « charisme » à activer sur commande.
En revanche, quelques gestes simples peuvent changer l’atmosphère sans vous trahir :
- Commencer chaque réponse par regarder vraiment la personne en face, une seconde ou deux, avant de parler.
- Dire, quand vous êtes un peu stressé :
« Je suis un peu tendu, je tiens à ce poste, mais ça va aller. »
Ce genre de phrase, dite avec simplicité, détend souvent les deux côtés. - Accepter de glisser, de temps en temps, une touche d’auto-dérision honnête, du type :
« J’ai mis du temps à comprendre ça, mais… »
« Au début, j’ai fait exactement ce qu’il ne fallait pas… »
Quelqu’un qui sait sourire de lui-même sans s’auto-détruire est perçu comme sûr de soi sans arrogance. C’est extrêmement rassurant pour un manager.
4. Comment transformer vos prochains entretiens en vraies chances d’offre ?
Une fois qu’on a compris ces deux questions – qu’est-ce que je raconte ? et qui voient-ils ? – il serait cruel de vous laisser avec ça sans rien de concret. Transformer vos entretiens, ce n’est pas devenir une autre personne ; c’est ajuster quelques pratiques très précises.
4.1. Quelles actions concrètes pouvez-vous mettre en place dès cette semaine ?
Vous pouvez décider que vos prochains entretiens ne seront plus des répétitions du passé. Pour ça, trois actions très simples, mais vraiment transformatrices :
- Réécrire deux ou trois de vos histoires-clés
- Choisissez un succès, une difficulté, un conflit.
- Pour chaque situation, notez noir sur blanc :
- le problème concret ;
- ce que vous avez fait précisément ;
- le résultat mesurable ou observable.
- Reformulez jusqu’à ce qu’on puisse comprendre l’histoire sans connaître votre métier.
- Vous filmer sur trois questions classiques
- « Parlez-moi de vous. »
- « Pourquoi ce poste ? »
- « Parlez-moi d’une difficulté que vous avez gérée. »
- Regardez la vidéo en vous demandant :
- Est-ce que j’ai l’air vivant ?
- Est-ce que j’écoute les questions ?
- Est-ce que j’ai envie, moi, de travailler avec cette personne ?
- Demander un vrai retour à une personne de confiance
- Faites-lui jouer le rôle du recruteur.
- Demandez-lui ensuite :
- « Qu’est-ce que tu as retenu de moi ? »
- « Quand est-ce que tu t’es ennuyé ? »
- « Quand est-ce que tu t’es dit : là, je le/la vois bien dans une équipe ? »
Ce ne sont pas des « astuces ». Ce sont des confrontations avec votre image réelle, pas celle qui habite votre tête.
4.2. Comment savoir si vous progressez vraiment ?
Vous ne contrôlez pas entièrement le résultat (l’offre ou non). En revanche, vous pouvez suivre quelques signes concrets de progression :
- Les recruteurs vous posent davantage de questions précises sur vos exemples (c’est bon signe : ils vous projettent déjà dans le poste).
- On vous dit plus souvent : « C’est très clair », « merci, c’est bien expliqué ».
- Vous ressortez avec une impression moins floue : vous savez ce que vous avez montré, ce que vous avez appris sur eux.
Le jour où un recruteur vous dira :
« J’apprécie votre façon de parler de vos erreurs »,
ou
« On sent que vous savez exactement ce que vous faites »,
vous saurez que quelque chose a bougé – même si cette fois-là, l’offre ne tombe pas encore.
4.3. Et si, malgré tout, vous n’avez toujours pas d’offre après entretien ?
Il y aura des refus, encore.
C’est inévitable.
La question sera alors :
« Est-ce que je sors de cet entretien en comprenant un peu mieux ce que je montre, ce que je veux, ce que je ne veux plus ? »
Si la réponse est oui, chaque entretien devient :
- un entraînement utile ;
- une occasion de préciser votre propre exigence ;
- une manière de vous présenter de plus en plus en accord avec vous-même.
Un jour, ce travail intérieur croisera la bonne équipe, au bon moment.
Et cette fois-là, ils ne diront pas seulement : « Beau CV ».
Ils diront : « On voit comment vous travaillez, on a envie de le faire avec vous. »
Conclusion
On peut vivre une série de refus comme autant de preuves qu’on est « de trop », qu’on n’est « jamais assez ». C’est une façon de lire la situation. Dure, mais logique, surtout quand on en est à son cinquième « non » d’affilée.
On peut aussi les lire autrement : comme des miroirs déformants où l’on apprend, peu à peu, à distinguer deux choses :
- la part qui ne dépend pas de nous (les contextes, les jeux internes, les contradictions du marché) ;
- la part qui dépend de nous (la clarté de nos histoires, la façon dont on habite notre voix, notre visage, notre place dans cette pièce).
Si vous ne retenez qu’une chose de cet article, qu’elle soit simple :
« Je ne suis pas mon dernier refus.
Mais je suis responsable de la façon dont je me présente, ici et maintenant. »
Vous ne contrôlez pas la décision finale.
Vous contrôlez ce que vous racontez, vous contrôlez le soin que vous mettez à le raconter, vous contrôlez la manière dont vous choisissez de vous montrer – pas parfait, mais présent.
Le jour où vous entrerez en entretien non plus pour « prouver que vous méritez d’exister », mais pour vérifier si vous pouvez vraiment travailler avec ces gens-là, vos entretiens cesseront d’être une suite d’examens ratés.
Ils deviendront ce qu’ils auraient toujours dû être : des rencontres.
Et, parmi elles, il s’en trouvera une qui se terminera, enfin, par ce que vous attendiez depuis si longtemps : une offre qui ne sera pas seulement une victoire sur la série noire, mais la reconnaissance d’une chose simple et précieuse – cette fois, ils vous ont vu. Et ils vous ont choisi.
Questions fréquentes
Pour terminer, voici quelques questions fréquentes, avec des réponses simples pour vous donner des repères.
Sommaire
- 1. Pourquoi vos entretiens d’embauche n’aboutissent-ils pas à une offre ?
- 2. Première question-clé  ;  ; : qu’est-ce que je raconte vraiment en entretien ?
- 3. Deuxième question-clé  ;  ; : qui voient-ils quand vous parlez ?
- 4. Comment transformer vos prochains entretiens en vraies chances d’offre ?
- Conclusion


