
Comment réagir face à un mauvais manager sans y laisser sa santé mentale ?
Comment réagir face à un mauvais manager sans y laisser sa santé mentale ?
Lundi matin, 9h13, il pousse la porte de l’open-space.
Vous, vous avez déjà deux sueurs froides d’avance : une pour la réunion de 10 h, une pour le mail qu’il n’a pas encore lu mais qui finira de toute façon par être “mal formulé” .
Rien de spectaculaire ne se passe. Pas de cris, pas d’objets qui volent. Juste cette petite torsion dans votre ventre quand il s’approche de votre bureau. Il demande où en est le dossier… que vous avez terminé hier soir à 22h47. Il acquiesce vaguement, repart avec, et vous savez très bien à quel moment précis votre travail cessera officiellement d’être le vôtre : au moment où il franchira la salle de réunion avec le vidéoprojecteur.
Un mauvais manager, ce n’est pas toujours un monstre de cinéma. C’est plus souvent une usure lente, des petites scènes comme celle-là, répétées des centaines de fois. Et, peu à peu, la question qui s’incruste :
“Est-ce que c’est lui le problème… ou est-ce que c’est moi ?”
Dans cet article, on va éclairer cette zone grise.
Pas avec des slogans, mais avec trois choses :
- des portraits très concrets de mauvais responsables que vous connaissez déjà trop bien ;
- ce que cette relation fait à votre image de vous-même ;
- et des pistes d’action réalistes pour réagir sans tout faire exploser du jour au lendemain.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
1. Comment reconnaître qu’on a affaire à un mauvais manager (et pas juste à un chef exigeant) ?
Avant de parler de solutions, encore faut-il nommer précisément le problème. Entre le responsable simplement exigeant et le mauvais manager, la frontière n’est pas toujours claire quand on est au milieu du tourbillon.
Un repère pourtant : ce n’est pas seulement ce qu’il fait qui compte, mais ce que la relation produit sur vous au fil du temps.
Selon les données publiques sur les risques psychosociaux, environ 30 % des actifs déclarent avoir subi au moins un comportement hostile dans le cadre du travail sur un an. Autrement dit, vous n’êtes pas une anomalie. La question n’est donc pas de savoir si vous êtes “trop sensible” , mais dans quel type de mécanique vous êtes embarqué.
1.1. Quels sont les signes quotidiens d’un mauvais manager qui s’approprie votre travail ?
Le “voleur de lumière” n’a pas besoin de hurler. Il suffit qu’il raconte l’histoire à votre place.
Un mauvais manager de ce type se reconnaît à des signaux très concrets :
- En réunion, vos idées réapparaissent reformulées à la première personne du singulier.
- Les félicitations vont “au service” , “à l’équipe” , mais jamais à des personnes nommées, encore moins à vous.
- Quand un projet dérape, par contre, votre nom réapparaît comme par magie : “X n’a pas assez anticipé” .
Ce profil nourrit une croyance simple : sa légitimité dépend du fait que personne ne voie réellement ce que font les autres. Il s’accroche à la visibilité comme à un gilet de sauvetage. La conséquence pour vous est insidieuse : à force de ne jamais voir votre travail reconnu, vous commencez à douter qu’il vaille vraiment quelque chose.
Ce qu’il faut voir clair ici :
Ce n’est pas seulement une question d’ego blessé. La reconnaissance au travail fait partie des dimensions centrales des risques psychosociaux, au même titre que la charge de travail ou l’autonomie. Quand elle disparaît systématiquement, il ne s’agit plus d’un simple “mauvais style” , mais d’un facteur de risque pour votre santé.
1.2. Comment savoir si votre responsable vous oriente systématiquement dans la mauvaise direction ?
Il y a aussi le mauvais manager qui ne prend pas votre lumière, mais votre boussole. Vous arrivez avec une situation délicate, vous repartez avec des consignes qui heurtent votre jugement… et parfois votre éthique.
Les indices :
- Vous sortez de ses entretiens plus confus que lorsque vous y êtes entré.
- Il vous pousse à aller au conflit frontal alors que vous savez que la situation exige de la finesse.
- Il balaie vos mises en garde d’un revers de main : “Tu te poses trop de questions, vas-y.”
- Quand ça se passe mal, il vous explique que vous n’avez “pas su appliquer ses conseils” .
Ici, le danger est double :
- sur le plan professionnel, votre crédibilité peut en souffrir ;
- sur le plan psychique, vous apprenez à ne plus faire confiance à votre propre jugement.
Un mauvais manager qui vous oriente sans cesse à contre-sens vous fabrique une petite voix intérieure qui finit par dire : “Je me trompe toujours, mieux vaut obéir.” Et quand on en arrive là, il devient très difficile de défendre ses limites.
1.3. Pourquoi certains responsables disent-ils toujours non aux nouvelles idées ?
Il existe enfin une troisième catégorie, plus discrète, mais redoutable pour toute envie de bien faire : la gardienne du temple. Celle – ou celui – qui oppose un “non” poli à 90 % des propositions.
On la reconnaît à quelques phrases types :
- “On a toujours fait comme ça.”
- “Avec les moyens qu’on a, ce n’est pas réaliste.”
- “On verra ça plus tard, concentrons-nous déjà sur l’existant.”
Au début, vous argumentez. Vous préparez des présentations détaillées, vous apportez des exemples d’ailleurs. Puis, petit à petit, vous cessez de proposer. Non par manque d’idées, mais pour économiser votre énergie.
Ce type de mauvais manager n’est pas forcément agressif. Il est conservateur par peur. Peur de perdre le contrôle, peur d’être jugé, peur de devoir lui-même changer ses habitudes. Le problème, c’est que cette peur devient votre plafond de verre. Dans un contexte où près de la moitié des salariés disent se sentir en détresse psychologique au travail, dont une grande part l’attribue à l’environnement professionnel, ce type de blocage structurel pèse lourd.
2. Que fait un mauvais manager à votre image de vous-même ?
On pourrait croire que tout cela ne concerne que l’organisation du travail. En réalité, ce que fabrique un mauvais manager le plus profondément, c’est une certaine manière de vous percevoir.
Il ne suffit pas de dire “mon chef est toxique” pour être débarrassé des effets. La relation laisse des traces à l’intérieur : sur la manière dont vous évaluez votre valeur, vos droits, votre marge de choix.
2.1. Pourquoi reste-t-on si souvent sous un mauvais management ?
La question revient sans cesse : “Pourquoi je reste ?”
La réponse est rarement simple, et rarement purement rationnelle.
Il y a d’abord des raisons très concrètes : un loyer à payer, des enfants à nourrir, un marché de l’emploi pas si simple. Dans un pays où une part importante des salariés se déclarent en souffrance psychique liée au travail, l’idée de “tout quitter” n’est pas une évidence héroïque, c’est parfois un luxe.
Mais il y a aussi des raisons plus souterraines :
- La peur de “rejouer le même scénario ailleurs” , donc l’illusion qu’il vaut mieux rester là où l’on connaît déjà le monstre.
- L’habitude. On s’habitue à presque tout, même au mépris poli du lundi matin.
- Et cette petite croyance dangereuse : “Si je n’arrive pas à m’en sortir ici, c’est peut-être que je ne vaux pas mieux.”
Un mauvais manager prospère souvent sur ce terrain-là : il instille l’idée que le problème, c’est votre fragilité, votre caractère, votre supposée paresse. Vous finissez par faire gratuitement le travail qu’il ne fait pas : vous auto-accuser.
2.2. Jusqu’où faut-il s’adapter avant d’y perdre son intégrité ?
On vous l’a peut-être déjà dit : “Il faut savoir s’adapter.”
Oui. Jusqu’à un certain point.
S’adapter, c’est par exemple :
- apprendre à présenter vos idées de manière à ce qu’elles soient audibles ;
- choisir le bon moment pour poser vos limites ;
- comprendre les contraintes réelles de votre responsable.
Se renier, c’est autre chose :
- cautionner sans rien dire des pratiques que vous jugez malsaines ;
- accepter que votre travail soit systématiquement effacé ;
- intérioriser l’idée que vos besoins sont secondaires, voire ridicules.
La difficulté, c’est que la frontière se déplace lentement. Ce que vous juriez ne jamais accepter devient “supportable” . Un mail humiliant par-ci, une réunion expéditive par-là, une surcharge “exceptionnelle” qui revient tous les mois. Jusqu’au jour où votre corps lui-même commence à protester : insomnies, fatigue permanente, crises de larmes dans les toilettes, arrêts maladie à répétition.
Les données sur la santé au travail en France montrent une progression nette des troubles psychiques reconnus comme liés au travail, ainsi qu’un allongement de la durée moyenne des arrêts pour raisons psychiques. Ce n’est pas une mode, c’est un signal.
2.3. Ce que cette relation révèle (vraiment) de vous
Il serait trop simple de dire : “Si vous restez, c’est de votre faute.”
Ce discours-là, on le trouve déjà partout, entre deux citations pseudo-inspirantes.
Ce que révèle votre relation à un mauvais manager, c’est souvent autre chose :
- Votre capacité à encaisser beaucoup plus que vous ne l’auriez cru. Ce n’est pas toujours une bonne nouvelle, mais c’est une donnée.
- Votre loyauté, parfois excessive, à des équipes, des projets, des collègues que vous ne voulez pas abandonner.
- Votre peur très humaine de tout recommencer à zéro, de “perdre” les années déjà investies.
Cette lucidité-là n’est pas confortable, mais elle est précieuse. Elle permet de sortir de la seule position de victime sans tomber dans l’auto-flagellation. Vous n’êtes ni totalement impuissant, ni totalement responsable. Vous êtes quelqu’un de pris dans un système, avec des marges de manœuvre réelles mais limitées. C’est à partir de là qu’on peut commencer à agir.
3. Quelles actions concrètes entreprendre face à un mauvais manager, sans tout brûler derrière soi ?
On arrive au nœud : que faire ?
Pas en théorie, mais demain matin, avec ce responsable que vous connaissez par son prénom, son timbre de voix et sa façon de soupirer en réunion.
Il n’y a pas une bonne réponse, mais plusieurs degrés d’action possibles. L’idée n’est pas de “gagner” contre lui ou elle, mais de reprendre morceau par morceau ce que la relation a grignoté : votre estime de vous-même, votre santé, votre capacité à décider.
3.1. Que pouvez-vous faire seul, dès maintenant, pour limiter les dégâts ?
Avant de partir en croisade, il y a quelques gestes simples qui peuvent déjà changer la donne :
Commencer à documenter.
Non pas pour tout de suite saisir un tribunal, mais pour retrouver un peu de réalité objective. Garder trace :
- des projets menés (dates, livrables, retours clients) ;
- des idées apportées (mails, comptes rendus, présentations) ;
- des comportements problématiques répétés (formulations, contexte, témoins éventuels).
Ce carnet de bord a trois fonctions :
- vous rappeler que vous n’inventez pas ;
- vous redonner une vision plus précise de ce que vous faites réellement ;
- constituer, si besoin, un début de preuve en cas d’alerte formelle.
Ensuite, identifier ce qui est non négociable pour vous.
Par exemple :
- être insulté en réunion ;
- être appelé le soir et le week-end de manière systématique ;
- qu’on parle de vous à la troisième personne devant vous.
Mettre des mots sur ces “lignes rouges” est déjà un acte. Cela prépare le terrain à des prises de position plus explicites.
Enfin, chercher au moins un espace de parole extérieur au service : un collègue d’un autre département, un ami, un professionnel de santé, un psychologue du travail. On ne se rend pas compte à quel point l’isolement fausse le jugement jusqu’à ce qu’une autre voix dise : “Non, ce n’est pas normal.”
3.2. Vers qui se tourner dans l’entreprise quand le management devient toxique ?
En France, la santé mentale au travail n’est pas qu’une affaire individuelle : l’employeur a une obligation de préserver la santé physique et mentale des salariés.  ;Vous n’êtes pas censé gérer seul un mauvais manager comme on gère une mauvaise météo.
Selon la taille de votre organisation, plusieurs interlocuteurs existent :
- Les ressources humaines : pas toujours neutres, mais parfois de bons alliés quand le manager pose déjà problème ailleurs.
- Le comité social et économique (CSE) : obligatoire à partir de 11 salariés, avec des attributions spécifiques sur les conditions de travail et la santé.
- La médecine du travail : tenue au secret médical, elle peut alerter l’employeur sur des situations dangereuses sans dévoiler vos confidences dans le détail.
- Les représentants syndicaux, s’il y en a : souvent expérimentés sur ces questions, avec une lecture plus large des dysfonctionnements.
S’adresser à ces interlocuteurs ne veut pas dire “déclarer la guerre” . Cela peut commencer par :
- décrire une situation,
- demander conseil,
- vérifier si d’autres vivent la même chose.
L’important est de rompre la logique où tout se joue dans votre tête et votre bureau.
3.3. Quand est-il temps de partir : comment décider sans paniquer ?
Il y a des situations où améliorer la relation avec un mauvais manager est possible.
Il y en a d’autres où rester revient à prolonger une lente érosion de soi.
Quelques questions peuvent aider à y voir plus clair :
- Depuis combien de temps la situation dure-t-elle vraiment (en années, pas en impressions) ?
- Avez-vous constaté une amélioration, même modeste, suite à vos tentatives de dialogue ?
- Vos symptômes physiques ou psychiques (sommeil, anxiété, fatigue) se stabilisent-ils ou s’aggravent-ils ?
- L’entreprise a-t-elle déjà sanctionné des comportements similaires, ou les a-t-elle tolérés pendant des années ?
Si, malgré vos efforts raisonnables, rien ne bouge, il devient légitime de se demander ce que vous pourriez faire de vos capacités ailleurs. C’est une question vertigineuse, surtout quand la sécurité matérielle est en jeu. Mais elle mérite d’exister.
Concrètement, partir ne veut pas dire tout lâcher du jour au lendemain. Cela peut ressembler à :
- Mettre à jour son curriculum vitae en secret, juste pour mesurer ce que l’on sait faire.
- Commencer à parler de votre envie de bouger à des personnes de confiance, sans forcément dévoiler tout le contexte.
- Vous renseigner sur vos droits (formation, mobilité, indemnités) pour ne plus être uniquement gouverné par la peur.
Il y a un monde entre “je n’ai pas le choix” et “je sais que partir sera difficile, mais je commence à explorer” . C’est ce monde-là qu’il s’agit d’ouvrir.
Conclusion
Imaginez, juste un instant, cette question très simple :
“Si je n’étais pas occupé à survivre à ce responsable, qu’est-ce que j’aurais envie de faire de mes capacités ?”
Ce n’est pas une injonction à tout quitter.
Ce n’est pas non plus un appel à tout supporter en silence.
C’est une invitation à remettre le projecteur au bon endroit : sur ce que cette relation vous prend, sur ce qu’elle révèle de vos forces autant que de vos peurs, et sur ce qui, en vous, commence peut-être à refuser d’être défini uniquement par le regard d’un mauvais manager.
Un jour, peut-être, vous aurez derrière vous cette période comme on regarde un ancien appartement trop petit : avec un mélange de tendresse, d’incompréhension et de soulagement.
En attendant, vous avez le droit de considérer sérieusement ce malaise qui vous a amené jusqu’ici. De le reconnaître comme un signal, pas comme un caprice.
On ne choisit pas toujours son chef.
Mais on peut, pas à pas, choisir de ne plus laisser un seul être humain devenir l’unique interprète de notre valeur.
Questions fréquentes
Pour terminer, voici quelques questions fréquentes, avec des réponses simples pour vous donner des repères.
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