
Comprendre la procrastination (et la surmonter)
Comprendre la procrastination (et la surmonter)
Vous n’êtes pas arrivé ici par hasard.
Vous avez probablement un truc à faire.
Bien précis. Bien identifié. Bien en retard.
Un mail.
Un document à finir.
Un appel à passer.
Une décision que vous repoussez.
Un projet qui vit surtout dans votre tête.
Et, au lieu de le faire, vous lisez un article sur la procrastination.
Ce n’est pas un problème d’informations.
Vous savez déjà quoi faire.
Vous ne savez juste pas pourquoi vous ne le faites pas.
De quoi parle cet article ?
Si vous cherchez :
- des to-do lists colorées ;
- des « 10 astuces pour être plus productif » ;
- ou une méthode miracle en sept étapes,
ce texte va vous décevoir.
En revanche, si vous voulez enfin comprendre :
- pourquoi vous avez cette tendance à remettre au lendemain ;
- pourquoi vous savez très bien ce qu’il faudrait faire, mais que vous ne le faites jamais ;
- ce que votre procrastination protège réellement ;
- et à quel moment précis vous choisissez (sans l’avouer) de vous fuir,
alors restez.
À la fin de cet article, vous aurez :
- compris le mécanisme qui vous fait procrastiner ;
- répondu à quelques questions qui ne vous lâcheront plus ;
- et un mini-défi concret à réaliser dans les vingt-quatre prochaines heures — ou à refuser en toute conscience.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
1. Procrastination : ce que votre inertie raconte (malgré vous)
Avant de chercher à « vaincre » votre procrastination, il faudrait arrêter de la traiter comme une verrue psychologique à brûler au laser.
Ici, nous allons faire l’autopsie de votre manque de motivation.
Pas pour vous humilier, mais pour entendre ce que votre immobilité essaie de dire à votre place.
Vous n’êtes pas neutre dans vos retards.
Chaque « je le ferai plus tard » est un vote discret, un arbitrage.
Souvent contre vous, mais presque jamais par hasard.
1.1. Non, vous n’êtes pas juste « fainéant »
La paresse, c’est le mot pratique que vous utilisez pour ne pas avoir à ouvrir le capot.
« Je suis nul », « je suis fainéant », « je manque de volonté » : ces phrases donnent l’impression d’expliquer, mais elles bouchent la question au lieu de l’éclairer.
En réalité, quand vous procrastinez :
- vous êtes souvent épuisé — mais pas au point d’être incapable de scroller pendant une heure ;
- vous êtes capable de concentration — mais seulement sur ce qui ne compte pas vraiment ;
- vous prenez des décisions — mais à très petite échelle, pour éviter la grande.
Vous n’êtes pas « incapable ».
Vous êtes occupé à autre chose.
Et c’est là que commence le travail honnête.
2. Ce que votre procrastination protège vraiment
On parle souvent de procrastination comme d’un sabotage.
C’est plus subtil que cela.
Très souvent, votre procrastination vous protège :
- de la peur d’échouer ;
- de la peur de réussir ;
- de l’inconfort d’être vu en train d’essayer ;
- de la nécessité de choisir une direction, donc de renoncer aux autres.
Tant que vous ne faites pas vraiment ce que vous dites vouloir faire, tout reste possible.
Votre projet est intact… parce qu’il est imaginaire.
2.1. La peur de perdre vos illusions
Tant que vous n’écrivez pas ce livre, vous pouvez continuer de croire que vous pourriez être écrivain.
Tant que vous ne postulez pas à ce poste, vous pouvez continuer de croire que vous pourriez être pris.
Tant que vous ne lancez pas ce projet, vous pouvez continuer de croire que « si vous vous y mettiez vraiment », vous réussiriez.
Passer à l’action, ce n’est pas seulement risquer l’échec.
C’est risquer de perdre l’histoire confortable que vous racontez sur vous-même.
3. Vous reposer… ou vous fuir ?
Beaucoup de gens confondent repos et anesthésie.
Le repos, c’est ce qui vous redonne de l’espace intérieur.
L’anesthésie, c’est ce qui vous remplit juste assez pour ne plus sentir que quelque chose cloche.
Ouvrir une application « deux minutes », une vidéo « pour se détendre », un fil de messages « pour se changer les idées » : parfois, c’est du repos.
Souvent, c’est juste une manière de ne plus entendre le bruit en vous.
3.1. Ce que vous appelez « se détendre »
Quand vous dites « j’ai besoin de me vider la tête », est-ce que votre tête est réellement plus légère après… ou simplement plus engourdie ?
Un vrai repos se reconnaît :
- vous respirez un peu mieux après ;
- vous avez un peu plus de clarté ;
- la tâche à faire est toujours là, mais vous vous sentez un peu plus capable de l’affronter.
L’anesthésie, elle, laisse :
- une sorte de brouillard ;
- une légère honte diffuse ;
- la sensation d’avoir perdu du temps, sans être plus reposé pour autant.
3.2. Le test du vrai repos
Il existe un test très simple, brutal, mais imparable. Il ne demande aucune application, aucune méthode, aucun outil.
Juste dix minutes de votre vie.
4. Regarder vos priorités réelles sans filtre
Il y a ce que vous dites être important.
Et il y a ce que vous traitez effectivement comme important.
La différence entre les deux, c’est l’écart douloureux que vous appelez « manque de discipline » ou « je ne comprends pas ce qui ne va pas chez moi ».
4.1. Ce que racontent vos journées
Reprenez la tâche que vous avez notée au début de l’article.
Regardez sincèrement vos dernières journées :
- quand est-ce que vous auriez pu avancer dessus, même un peu ?
- qu’avez-vous fait à la place, très concrètement ?
- quels écrans, quelles tâches secondaires, quelles micro-urgences ont pris la place ?
Votre agenda réel est un miroir beaucoup plus honnête que vos intentions.
Conclusion
Vous savez déjà ce que vous avez à faire.
Vous pouvez probablement le formuler très précisément, là, maintenant.
Ce n’est pas flou.
Ce n’est pas mystérieux.
Vous savez :
- quel mail ;
- quel dossier ;
- quel appel ;
- quelle décision.
Vous n’avez pas besoin d’un nouveau système pour arrêter de procrastiner.
Vous avez besoin de regarder en face cette phrase très simple :
« Quand je ne passe pas à l’action, ce n’est pas parce que je ne peux pas.
C’est parce qu’à cet instant précis, je choisis autre chose. »
Et cette autre chose, souvent, c’est :
- préserver votre image ;
- protéger vos illusions ;
- repousser la rencontre avec qui vous êtes vraiment quand vous essayez pour de bon.
Ce texte ne va pas vous sauver.
Il ne va pas effacer des années de léthargie.
Mais il peut déposer un léger malaise à côté de votre prochaine distraction.
Au moment où vous ouvrirez, encore une fois, une application, une vidéo, un site « pour deux minutes », il reviendra peut-être :
« Là, maintenant, tout de suite :
suis-je en train de me reposer…
ou suis-je en train de me fuir ? »
La procrastination, ce n’est pas seulement remettre une tâche.
C’est parfois remettre votre propre vie.
Passer à l’action, ce n’est pas tout changer aujourd’hui.
C’est refuser, une fois, juste une fois, de vous oublier encore.
Le reste, étrangement, commence là.
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