
Comment expliquer un trou dans son CV en entretien (sans mentir ni s’excuser) ?
Comment expliquer un trou dans son CV en entretien (sans mentir ni s’excuser) ?
Vous ne lisez pas cet article pour le plaisir de contempler vos faiblesses.
Si vous êtes là, c’est probablement que vous avez zoomé vingt fois sur la même ligne de votre CV, en espérant qu’à force de la regarder, le fameux « trou » finirait par se remplir tout seul.
Il ne se remplit pas.
À la place, vous avez :
- un nœud dans le ventre à l’idée de l’entretien ;
- une petite voix qui répète « ils vont voir que tu as décroché » ;
- et l’image très nette d’un recruteur en train de froncer les sourcils sur votre chronologie.
Vous imaginez déjà la scène : bureau neutre, lumière un peu trop blanche, CV posé bien droit.
Puis la phrase tombe, coupante mais polie :
« On voit une période sans activité sur votre CV entre 2021 et 2023. Vous pouvez m’en parler ? »
En dix mots, deux ans de votre vie deviennent une anomalie à justifier.
Il ne reste plus ni la fatigue, ni la maladie, ni la charge mentale, ni la galère, ni l’épuisement professionnel, ni le congé parental, ni le projet qui s’est effondré.
Juste une case vide.
Cet article n’a pas pour objectif de vous apprendre à « vendre votre trou » comme un stage en entreprise.
Son but est plus simple et plus ambitieux à la fois :
- vous aider à comprendre ce qui se joue réellement dans cette question ;
- vous donner une trame de réponse honnête et tenable ;
- vous proposer des exemples concrets selon votre situation ;
- tout en vous rappelant une chose : vous n’êtes pas un dossier problématique, vous êtes une personne avec une vie réelle.
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
1. Pourquoi votre « trou dans le CV » vous fait-il plus peur qu’au recruteur ?
Avant de travailler la réponse parfaite, il faut regarder la blessure.
Le stress ne vient pas uniquement des questions qu’on va vous poser, mais de tout ce que vous lui faites dire à l’avance.
Ce qui vous terrorise le plus, ce n’est pas l’avis du recruteur.
C’est la petite phrase intérieure : « Ce moment-là de ma vie ne devrait pas exister. »
1.1. Le mythe confortable du parcours linéaire
On vous a vendu un scénario idéal :
études → premier poste → progression régulière → quelques changements « de défis » → responsabilités croissantes → fin.
Une ligne de métro sans interruption, avec seulement des stations aux noms valorisants.
Dans ce récit :
- on quitte un poste pour « une belle opportunité », jamais pour fuir un environnement toxique ;
- on « prend du recul » pour « mûrir un projet », rarement parce qu’on ne se tient plus debout ;
- on est toujours, sur le papier, présentable et productif.
Votre trou dans le CV vient bousculer cette fiction rassurante.
Il rappelle une vérité que tout le monde connaît mais que personne n’a envie de voir imprimée :
les vies réelles ne tiennent pas en colonnes bien remplies.
Il y a des pauses, des effondrements, des soins, des détours, des deuils, des pays quittés, des conjoints violents, des assiettes à faire tourner trop nombreuses.
Et rien de tout ça n’a prévu de se caler gentiment entre mars 2019 et avril 2020 pour arranger la mise en page.
1.2. Le mot « trou » et la honte qu’il transporte
On aurait pu parler de « parenthèse », de « période de soin », de « temps de transition », de « congé imposé par la vie ».
Non. On a choisi « trou ».
Un trou, c’est :
- ce dans quoi on tombe ;
- ce qu’il faut combler ;
- ce qui manque.
Quand on applique ce mot à votre CV, le message implicite est clair :
« Là, il n’y a rien. »
Or vous savez très bien qu’il y a eu, au contraire, une densité extrême.
Mais comme cette densité ne se traduit pas en intitulés de postes, vous finissez par douter de sa légitimité. Vous intériorisez l’idée que vous avez « disparu du marché ».
Le danger, c’est qu’en arrivant en entretien d’embauche, vous soyez déjà persuadé d’être en faute.
Le recruteur ne vous a encore rien dit que, dans votre tête, vous êtes déjà au banc des accusés.
1.3. Ce que vous redoutez vraiment en entretien
La question « Vous pouvez m’expliquer cette période ? » vient appuyer sur plusieurs peurs à la fois :
- la peur d’être jugé paresseux, fragile, instable ;
- la peur de s’effondrer en parlant d’un sujet encore douloureux ;
- la peur de devoir tout raconter à quelqu’un que vous venez de rencontrer.
Souvent, vous vous imaginez pris dans un dilemme impossible :
- soit vous mentez ou vous édulcorez à outrance, et vous avez l’impression de trahir ce que vous avez vécu ;
- soit vous dites la vérité brute, et vous craignez de passer pour « trop compliqué ».
L’enjeu de cet article est précisément là : vous aider à sortir de ce faux choix.
2. Que veut vraiment savoir le recruteur quand il voit un trou dans votre CV ?
Maintenant, faisons un effort de mise à distance.
Quittez un instant votre siège de candidat. Asseyez-vous dans celui du recruteur.
Vous avez devant vous des dizaines de CV.
Vous voyez un trou de deux ans.
Que cherchez-vous vraiment à vérifier ?
2.1. Les trois questions que le recruteur se pose vraiment
La plupart des recruteurs, lorsqu’ils tombent sur une période non renseignée, se demandent surtout :
- La situation est-elle stabilisée aujourd’hui ?
Peu importe qu’il y ait eu maladie, chômage, divorce, expatriation ratée… Le point central est : est-ce que la personne est disponible, en état de travailler, dans une forme suffisante pour tenir le poste ? - La personne est-elle claire sur ce qui s’est passé ?
Un trou n’est pas un problème.
Un flou total, des réponses confuses, des contradictions, en revanche, inquiètent. Le recruteur se demande alors : « Qu’est-ce qui m’échappe ? » - Quel lien avec le poste visé ?
Est-ce que cette période a encore un impact direct sur la mission proposée (disponibilité, rythme, mobilité, horaires, etc.) ? Ou est-ce un chapitre important mais clos de l’histoire ?
C’est tout.
Ce qui nourrit votre angoisse (« ils vont penser que je suis nul, fragile, fini ») n’est pas exactement ce qu’ils sont en train d’évaluer.
2.2. Ce qui inquiète vraiment un recruteur (et ce qui l’inquiète moins)
Ce qui met un vrai malaise côté recruteur, ce n’est pas :
- « J’ai dû m’arrêter un an pour un problème de santé, aujourd’hui c’est stabilisé. »
- « J’ai pris un congé parental de trois ans, je suis maintenant prête à reprendre à temps plein. »
- « J’ai connu une période de chômage plus longue que prévu, j’ai repris la main depuis. »
Ce qui inquiète, ce sont plutôt :
- les réponses qui partent dans une confession de dix minutes, très détaillée, sans filtre ;
- les histoires qui changent d’une phrase à l’autre ;
- les pirouettes maladroites (« J’étais en mission secrète », « J’ai préféré ne rien faire ») ;
- les candidats qui se dévalorisent eux-mêmes (« J’ai tout raté, je comprends que ça puisse faire peur »).
Le recruteur n’est ni votre psy, ni votre juge, ni votre ami.
Il essaie de comprendre si collaborer avec vous demain va être :
- possible,
- simple,
- durable.
Un trou dans le CV ne l’empêche pas de répondre oui.
Un récit confus, vécu comme honteux, peut en revanche le mettre sur la défensive.
2.3. Ce que votre trou ne dit pas de vous (sauf si vous le laissez faire)
Votre trou ne dit pas :
- que vous êtes paresseux ;
- que vous ne valez plus rien ;
- que vous êtes fragile à vie.
Il dit juste :
« À cet endroit-là, la vie a cessé de se coordonner avec les attentes classiques du marché du travail. »
La manière dont vous en parlez, en revanche, peut devenir un message puissant :
- soit « Je suis abîmé, j’ai honte, je ne vaux plus rien »,
- soit « J’ai traversé un moment difficile, je l’ai géré comme j’ai pu, je suis à nouveau disponible et je sais ce que je peux apporter. »
Tout l’enjeu est de vous aider à aller vers la deuxième option sans faire semblant que la première n’existe pas.
3. Comment construire une réponse claire sans tout raconter ?
Venons-en à ce que vous attendez sans oser l’avouer :
« D’accord, mais je dis quoi, concrètement ? »
Rien ne vous oblige à improviser en direct. Vous pouvez arriver avec une trame simple, travaillée à l’avance, qui vous permette de rester honnête sans strip-tease émotionnel.
3.1. Une trame en trois temps pour expliquer un trou dans le CV
Vous pouvez structurer votre réponse ainsi :
- Nommer la nature générale de la période, sans tout détailler.
Exemple : « J’ai traversé un problème de santé », « J’ai eu une période de chômage », « J’ai pris un congé parental », « J’ai tenté un projet de reconversion. » - Dire ce que vous en avez fait ou appris, de façon sobre.
Il peut s’agir de soins, de démarches administratives, de formations, de lecture, d’aide familiale, de prises de conscience. - Montrer où vous en êtes aujourd’hui, en lien avec le poste.
C’est ici que vous insistez sur la stabilisation, votre disponibilité, votre motivation pour le poste.
Par exemple, de manière très générale :
« Entre 2021 et 2023, j’ai dû m’arrêter pour des raisons de santé.
J’ai pris le temps de me soigner et d’être accompagné(e), tout en gardant un lien avec mon métier.
Aujourd’hui, la situation est stabilisée, je suis apte à travailler à temps plein et je souhaite me réinvestir dans un poste comme le vôtre. »
Vous n’entrez pas dans les diagnostics, les noms de médicaments, les détails familiaux.
Vous donnez un cadre, un mouvement, une situation actuelle.
3.2. Ce que vous n’êtes jamais obligé de dire
Vous avez le droit à la pudeur.
Un entretien d’embauche ne vous oblige pas à :
- dévoiler une dépression dans le détail ;
- raconter un conjoint violent ;
- expliquer votre dossier judiciaire d’un proche ;
- détailler une fausse couche, un deuil, une hospitalisation.
Vous pouvez toujours rester à un niveau de généralité qui protège votre intimité, tant que quelques éléments essentiels sont clairs :
- la nature globale de la période (santé, familial, chômage, projet) ;
- le fait qu’elle est passée ou stabilisée ;
- le lien concret avec votre disponibilité actuelle.
Il est également possible de dire, si c’est sincère :
« C’est une période un peu difficile de ma vie, sur des sujets plutôt personnels.
Je peux vous dire que c’est derrière moi et que je suis aujourd’hui pleinement disponible pour m’investir dans ce poste. »
Vous n’êtes pas tenu de rendre des comptes sur chaque larme versée.
3.3. S’exercer sans réciter comme un robot
Préparer une réponse ne veut pas dire apprendre un texte par cœur.
Il s’agit plutôt de :
- écrire votre version courte de la période (5 à 8 lignes) ;
- la relire et enlever :
- les justifications de trop,
- les auto-critiques du type « j’ai échoué », « je comprends que ce soit mal vu » ;
- vous entraîner à la dire à voix haute, jusqu’à ce qu’elle vous semble à peu près tenable.
L’objectif n’est pas que ce soit indolore.
L’objectif, c’est que vous puissiez la dire sans vous écraser et sans vous perdre dans les détails.
4. Exemples de réponses pour expliquer un trou dans le CV en entretien
Passons au concret.
Voici des exemples de formulations, à adapter à votre situation, votre personnalité, votre poste cible. Ils ne sont pas faits pour être récités mot à mot, mais pour vous donner un cadre.
4.1. Comment expliquer un trou dans le CV lié à une maladie ou à un épuisement professionnel ?
Là, la peur est double : peur d’être jugé faible, peur de s’effondrer en en parlant.
Il est important de ne pas nier ce que vous avez traversé, tout en restant sur un registre professionnel.
Exemple 1 – problème de santé général :
« En 2021, j’ai dû m’arrêter pour un problème de santé qui a nécessité plusieurs mois de soin.
J’ai pris le temps de me rétablir et d’être suivi(e) sérieusement, en gardant un œil sur l’évolution de mon secteur.
Aujourd’hui, ma situation est stabilisée, je suis apte à travailler à temps plein et j’ai envie de me réinvestir dans un poste comme le vôtre, avec un cadre clair et une équipe. »
Exemple 2 – épuisement professionnel (souvent appelé burn-out) :
« Après plusieurs années dans un contexte très intense, j’ai connu un épuisement professionnel qui m’a obligé(e) à m’arrêter.
J’ai utilisé cette période pour me soigner, comprendre ce qui m’avait conduit là, et ajuster ma manière de travailler.
Aujourd’hui, je suis accompagné(e) quand il le faut, je connais mieux mes signaux d’alerte, et je recherche un environnement où la charge est pilotée et où l’on peut parler de ces sujets. C’est ce qui m’a intéressé(e) dans la façon dont vous décrivez le poste. »
Vous ne devez pas vous présenter comme une bombe à retardement.
Vous montrez au contraire que vous avez tiré des enseignements, que vous avez fait un travail de fond, et que vous arrivez avec plus de lucidité qu’avant.
4.2. Comment expliquer un trou dans le CV lié à un congé parental ?
Le congé parental est une parenthèse légitime.
La difficulté, c’est qu’on vous a parfois fait sentir que « ça ne compte pas ». D’où une forme de gêne.
Exemple 1 – congé parental classique :
« Après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai choisi de prendre un congé parental de trois ans.
C’était un vrai choix de vie à ce moment-là, qui m’a permis d’être présente pour ma famille.
Depuis quelques mois, je prépare mon retour : je me suis remise à jour sur les outils du métier, j’ai suivi une courte formation en ligne, et aujourd’hui je souhaite me réengager pleinement dans un poste comme celui que vous proposez. »
Exemple 2 – congé parental + précarité :
« À la naissance de ma fille, j’ai pris un congé parental.
Comme je n’étais pas en CDI à ce moment-là, la reprise a été plus compliquée que prévu, ce qui explique la durée de cette parenthèse.
J’ai profité de ce temps pour m’occuper de mes enfants, mais aussi pour me former sur… [domaine], et aujourd’hui, je suis disponible et motivé(e) pour me stabiliser dans un poste durable. »
Ici, l’essentiel est de montrer que :
- ce n’est pas une « disparition » du monde ;
- il y a eu de la réflexion et, si possible, quelques actions pour préparer le retour.
4.3. Comment expliquer un trou dans le CV après une période de chômage longue ?
Le chômage long est particulièrement stigmatisé.
Le risque en entretien est de passer votre temps à vous excuser d’avoir envoyé des CV qui n’ont pas eu de réponse.
Exemple 1 – contexte économique :
« Après la fin de mon contrat en 2020, j’ai connu une période de chômage plus longue que prévu, dans un contexte où mon secteur recrutait peu.
J’ai continué à postuler, mais aussi à me former sur… [outils, logiciels, sujets], et à faire quelques missions ponctuelles quand c’était possible.
Depuis quelques mois, le marché s’est un peu rouvert, et je souhaite vraiment me réinscrire dans une équipe sur le long terme, c’est pour ça que ce poste m’intéresse. »
Exemple 2 – chômage + difficultés personnelles :
« À la fin de mon dernier poste, j’ai eu une succession de difficultés personnelles (déménagement, séparation), en plus d’un marché compliqué.
J’ai mis du temps à retrouver un équilibre, d’où la longueur de cette période.
Aujourd’hui, la situation est stabilisée, je suis recentré(e) sur mon projet professionnel, et c’est ce qui m’a conduit(e) à postuler chez vous. »
L’idée n’est pas de vous justifier sur chaque mois, mais de :
- reconnaître que cela a été long ;
- montrer que vous n’êtes plus figé dans cette période.
4.4. Comment expliquer un trou dans le CV après un projet ou une reconversion avortés ?
Ici, la honte porte souvent sur l’échec : « j’ai essayé, ça n’a pas marché ».
Pourtant, du point de vue d’un recruteur, quelqu’un qui a tenté quelque chose et en tire des conclusions peut être très intéressant.
Exemple 1 – projet entrepreneurial :
« J’ai quitté mon poste en 2021 pour lancer un projet entrepreneurial dans [domaine].
J’y ai consacré un an et demi : étude de marché, premiers clients, gestion administrative. Le projet n’a pas trouvé sa viabilité économique, j’ai donc décidé d’y mettre fin.
Cette expérience m’a beaucoup appris sur la gestion de projet, la relation client et mes propres limites. Aujourd’hui, j’ai envie de remettre ces compétences au service d’une équipe déjà structurée, c’est ce que je recherche à travers ce poste. »
Exemple 2 – reconversion non aboutie :
« J’ai commencé une reconversion vers [nouveau domaine], avec une formation et quelques stages.
En avançant, je me suis rendu(e) compte que le quotidien du métier ne me correspondait pas autant que je l’imaginais.
J’ai donc choisi de revenir à mon cœur de métier, avec un regard un peu différent, et de chercher un environnement où je peux évoluer sur… [aspects du poste]. »
Ce qui intéresse le recruteur, ici, ce n’est pas que vous ayez réussi du premier coup.
C’est votre capacité à :
- analyser une expérience ;
- décider de changer de trajectoire ;
- vous représenter sans vous renier.
5. Comment vous préparer mentalement à parler de votre trou dans le CV ?
Vous pouvez avoir la meilleure formulation du monde, si intérieurement vous vous considérez comme disqualifié, ça s’entendra.
La préparation n’est pas que technique. Elle est aussi mentale.
5.1. Remettre le trou à sa juste place dans votre histoire
Prenez quelques minutes, avant l’entretien, pour faire cet exercice :
- Listez ce que vous avez fait avant cette période : postes, missions, réussites, compétences.
- Listez ce que vous avez fait pendant : soins, démarches, gestion familiale, recherches, petites missions, formation.
- Listez ce que vous faites depuis : reprise, candidatures, lectures, ajustements, décisions.
Regardez l’ensemble.
Votre vie ne se résume pas à ces mois de blanc administratif. C’est un chapitre, pas le livre.
Vous n’êtes pas en train de « quémander une deuxième chance ».
Vous êtes en train de chercher un lieu où continuer votre trajectoire.
5.2. Gérer le stress avant l’entretien
Vous n’allez pas supprimer complètement le trac, mais vous pouvez éviter qu’il vous submerge au moment de la fameuse question.
Quelques gestes simples :
- Préparez votre réponse à l’avance, comme on l’a vu plus haut.
- Relisez-la la veille, puis arrêtez. Inutile de la retourner dans tous les sens jusqu’à 2 h du matin.
- Le jour J, rappelez-vous que le recruteur s’attend à ce que ce soit un sujet sensible. S’il est un minimum humain, il fera attention à sa façon de poser la question.
Juste avant l’entretien, vous pouvez vous dire mentalement :
« Je n’ai pas à prouver que j’ai le droit d’exister.
J’ai à expliquer, simplement, comment je suis passé(e) de cette période à aujourd’hui. »
C’est moins héroïque, mais beaucoup plus tenable.
5.3. Accepter le malaise sans le laisser vous piloter
Même avec une bonne préparation, il restera sans doute une pointe de gêne.
C’est normal. Vous n’avez pas à viser la sérénité parfaite.
En revanche, vous pouvez refuser deux pièges :
- Le piège de la confession totale : vous vous lancez, soulagé(e) qu’on vous pose enfin la question, et vous racontez tout. Au bout de cinq minutes, vous avez vidé votre sac… et perdu le fil professionnel.
- Le piège du bloc de glace : vous balayez la période d’un « sans importance », « rien de spécial », alors que votre regard et votre corps disent l’inverse.
Entre les deux, il y a une voie étroite mais praticable :
parler assez pour que ce soit clair, pas assez pour que cela vous engloutisse.
Conclusion
Votre CV marquera peut-être « période d’inactivité ».
Vous savez, vous, qu’il n’y a rarement eu autant d’activité invisible que pendant ces mois-là.
Les entreprises continueront sans doute longtemps à préférer sur le papier les parcours sans accroc.
Vous n’êtes pas obligé d’adhérer à cette fiction au point de disparaître dedans.
Vous ne contrôlez pas tout : ni le marché, ni l’humeur du recruteur, ni la concurrence.
Mais vous contrôlez ceci :
- la façon dont vous parlez de ce chapitre de votre vie ;
- le ton que vous adoptez (ni glorification forcée, ni auto-dénigrement) ;
- votre capacité à dire, en substance :
« Oui, là, ma trajectoire ne tenait plus en une ligne.
J’ai traversé quelque chose. J’en suis revenu(e).
Et aujourd’hui, je suis légitime ici. »
Lorsque, en entretien, on vous demandera d’expliquer ce trou, vous ne serez pas en train de quémander le droit d’exister.
Vous serez en train de décrire calmement comment vous êtes passé(e) d’une zone de chaos à cet instant précis où vous êtes capable de vous présenter, de réfléchir, de proposer.
Ce n’est pas spectaculaire.
C’est beaucoup plus solide que ça.
On appelle ça, parfois, tout simplement : grandir.
Sommaire
- 1. Pourquoi votre « trou dans le CV » vous fait-il plus peur qu’au recruteur ?
- 2. Que veut vraiment savoir le recruteur quand il voit un trou dans votre CV ?
- 3. Comment construire une réponse claire sans tout raconter ?
- 4. Exemples de réponses pour expliquer un trou dans le CV en entretien
- 5. Comment vous préparer mentalement à parler de votre trou dans le CV ?
- Conclusion


