Comment parler d’un licenciement en entretien d’embauche ?
Sommaire
- Parler de son licenciement en entretien : ce que sait et cherche le recruteur
- La trame en trois temps pour parler de votre licenciement
- Les formulations selon le motif de licenciement
- Les situations particulières
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes sur le licenciement en entretien
- Trois phrases suffisent
Comment parler d’un licenciement en entretien d’embauche ?
Votre certificat de travail ne dit rien du motif de votre départ. Le Code du travail limite son contenu à vos dates d’entrée et de sortie et à la nature des emplois occupés. Autrement dit, le recruteur ne saura pourquoi vous avez été licencié que si vous le lui dites, et il saura surtout comment vous le dites.
Thierry, cinquante-deux ans, dix-huit ans de magasin chez un négociant en matériaux, licencié pour motif économique, l’a appris à ses dépens. À la question de son départ, il a répondu en serrant les dents : « On m’a mis dehors après dix-huit ans. La direction ne pensait qu’à ses actionnaires. » Le responsable logistique de la coopérative qui le recevait a entendu un candidat amer, qui parlait encore de son ancienne entreprise avec colère.
Un licenciement économique est pourtant l’un des motifs les plus simples à présenter. Pour parler de son licenciement en entretien, quel que soit le motif, il faut surtout choisir ses mots. C’est ce que la suite vous propose, motif par motif.
Parler de son licenciement en entretien : ce que sait et cherche le recruteur
Beaucoup de candidats abordent la question comme s’ils devaient se défendre d’une accusation. Le recruteur n’est pourtant pas un juge. Il cherche à prévoir la suite.
Le recruteur ne connaît le motif que par vous
C’est une information rassurante que peu de candidats connaissent. Le certificat de travail que vous remet votre ancien employeur ne contient, selon le Code du travail, que la date d’entrée, la date de sortie et la nature des emplois occupés. Il ne mentionne pas le motif de la rupture, et ne doit contenir aucune mention qui pourrait vous nuire.
Le recruteur ne sait donc rien de votre licenciement, sauf ce que vous lui direz, et éventuellement ce qu’il apprendra en prenant des références. C’est vous qui choisissez les mots. Raison de plus pour les préparer.
Ce que la question permet de vérifier
Quand il vous interroge sur votre départ, le recruteur observe :
- Votre honnêteté : dites-vous la vérité, ou tournez-vous autour ?
- Votre recul : avez-vous tourné la page, ou la colère est-elle encore là ?
- Votre part de responsabilité : si le licenciement vous concernait personnellement, savez-vous reconnaître ce qui dépendait de vous ?
- Le risque de répétition : la situation pourrait-elle se reproduire chez lui ?
Le dernier point compte le plus. Un licenciement n’est pas un problème en soi. Un licenciement dont on n’a rien appris peut en être un.
Ne jamais mentir, mais choisir ses mots
Mentir sur un licenciement est très risqué. Le recruteur peut prendre des références, croiser un ancien collègue, ou relever une incohérence plus tard. Un mensonge découvert, même après l’embauche, détruit la confiance, et peut avoir des conséquences sur votre contrat.
Dire la vérité ne vous oblige pas à tout raconter. Vous choisissez la formulation, le niveau de détail et l’angle. Une phrase factuelle et sobre suffit presque toujours : le recruteur relancera s’il veut en savoir plus.
Licenciement, rupture conventionnelle, fin d’essai : nommez correctement
Utilisez le bon terme pour votre situation. Une rupture conventionnelle est une séparation d’un commun accord, pas un licenciement. Une rupture pendant la période d’essai n’est pas non plus un licenciement. Une fin de CDD n’en est pas un. Ces situations se présentent plus facilement, et les confondre avec un licenciement vous desservirait inutilement.
À l’inverse, ne présentez pas un licenciement comme une démission ou une rupture conventionnelle : c’est un mensonge, et il se découvre facilement.
La trame en trois temps pour parler de votre licenciement
Quel que soit le motif, une bonne réponse suit le même ordre. Elle tient en trente secondes à une minute, et consacre la plus grande partie du temps à l’avenir.
Temps 1 : le fait, sobrement
Dites ce qui s’est passé, en une ou deux phrases, avec des mots neutres. Pas d’adjectifs, pas de jugement, pas de détails inutiles. « J’ai été licencié pour motif économique quand l’entreprise a fermé deux dépôts. » « Mon licenciement faisait suite à des résultats commerciaux en dessous des objectifs. »
Temps 2 : ce que vous en avez retenu
Si le licenciement vous concernait personnellement (insuffisance, faute, désaccord), dites ce que vous avez compris et ce que vous avez changé depuis. Si c’était un licenciement économique, ce temps peut porter sur ce que vous avez fait depuis : une formation, un bilan, une mission.
C’est cette étape qui répond à la crainte principale du recruteur : le risque de répétition.
Temps 3 : ce que vous cherchez maintenant
Terminez toujours par l’avenir : ce que vous cherchez, et pourquoi ce poste. C’est la dernière impression que le recruteur gardera. Elle détourne naturellement la conversation de votre licenciement vers votre candidature.
Thierry et les deux dépôts fermés
Reprenons Thierry. Pour son entretien suivant, il prépare ses trois lignes. Voici sa réponse :
« J’ai été licencié pour motif économique, quand mon entreprise a fermé deux de ses dépôts, dont le mien. J’y ai passé dix-huit ans, et j’y ai beaucoup appris, notamment la gestion de stock sur logiciel, que je faisais depuis cinq ans. Depuis, j’ai suivi une formation courte pour renouveler mon CACES et me mettre à jour sur les inventaires tournants. Ce que je cherche maintenant, c’est un poste où je peux m’occuper du stock du début à la fin, et c’est ce que propose votre coopérative. »
Thierry ne cache rien, mais il ne parle plus des actionnaires. Il parle de ce qu’il a appris, de ce qu’il a fait depuis, et de ce qu’il veut faire. Le responsable entend un candidat expérimenté, qui a tourné la page.
Les formulations selon le motif de licenciement
Chaque motif appelle une formulation différente. Voici comment adapter la trame à votre situation, avec des exemples à reprendre avec vos propres mots.
Licenciement économique ou fermeture
C’est le cas le plus simple : le licenciement ne vous concernait pas personnellement. Dites-le comme un fait, sans vous justifier et sans critiquer les choix de la direction.
« Mon poste a été supprimé lors d’une réorganisation, avec ceux de douze collègues. Ce n’était pas lié à mon travail, et mon responsable a d’ailleurs accepté de me recommander. »
Si votre ancien responsable accepte d’être contacté, proposez-le : c’est la meilleure preuve que votre travail n’était pas en cause.
Insuffisance professionnelle ou résultats
Le licenciement porte sur votre travail. Reconnaissez le décalage, sans vous accabler, et montrez ce que vous avez compris sur vous ou sur le type de poste qui vous convient.
« Mon licenciement faisait suite à des résultats commerciaux en dessous des objectifs. Avec le recul, le poste demandait surtout de la prospection téléphonique, alors que je suis bien meilleur dans le suivi de clients existants. J’aurais dû le voir plus tôt. C’est pour ça que votre poste, centré sur la fidélisation, m’intéresse : il correspond à ce que je fais bien. »
Cette formulation transforme un échec en meilleure connaissance de soi. Le recruteur voit un candidat lucide, qui a choisi ce poste en connaissance de cause.
Licenciement pour faute
C’est le cas le plus délicat. Ne mentez pas, mais restez bref. Reconnaissez votre part, sans entrer dans les détails, puis montrez concrètement ce qui a changé.
« J’ai été licencié après un désaccord avec mon responsable, que j’ai mal géré : je me suis emporté devant l’équipe. Je ne suis pas fier de ce moment. Depuis, j’ai travaillé sur ma façon de gérer les tensions, et dans ma mission suivante, j’ai pris l’habitude de demander un échange en privé dès qu’un désaccord apparaît. »
Si le recruteur demande explicitement le motif, ne le niez pas. Mais vous n’êtes pas obligé d’employer de vous-même le terme juridique exact s’il n’apporte rien à la compréhension. L’important est que votre récit soit vrai, et que la leçon soit concrète. Notre article sur la question « Avez-vous déjà commis une erreur au travail ? » peut vous aider à formuler cette part de responsabilité.
Licenciement pour inaptitude
Une inaptitude est constatée par le médecin du travail pour un poste précis. Elle concerne votre santé, et vous n’avez pas à donner de détail médical. Dites simplement qu’elle ne concerne pas le poste que vous visez :
« J’ai été licencié pour inaptitude à mon ancien poste, qui demandait de porter des charges lourdes. Cela n’a pas d’incidence sur un poste comme le vôtre. »
Le recruteur ne peut pas vous interroger sur votre état de santé. Si vous avez besoin d’un aménagement de poste, vous pouvez choisir d’en parler, sans y être obligé.
Mésentente ou désaccord sur la stratégie
Un licenciement pour motif personnel peut aussi naître d’un désaccord sur la façon de travailler ou sur les choix de l’entreprise. Présentez-le comme une différence de vision, sans désigner de coupable :
« Après l’arrivée d’une nouvelle direction, nos visions du service client ne se rejoignaient plus. Nous avons fini par nous séparer. Je garde de très bons souvenirs de mes sept années là-bas, et je cherche maintenant une entreprise qui place la relation client au centre, comme la vôtre. »
Nos conseils pour parler de son ancien employeur vous aideront à garder un ton neutre.
Si votre licenciement est contesté devant les prud’hommes
Vous n’avez pas à mentionner une procédure en cours. Si le recruteur vous interroge sur votre départ, présentez le motif comme pour n’importe quel licenciement. Si la procédure est évoquée, restez factuel et bref : « La procédure est en cours, je préfère ne pas entrer dans le détail, mais elle n’a pas d’incidence sur ma disponibilité. » Ne commentez jamais l’attitude de votre ancien employeur dans ce cadre.
Les situations particulières
Certains contextes demandent une préparation spécifique : un licenciement récent, une longue période de recherche, ou plusieurs ruptures successives.
Si le licenciement est très récent
Quand le licenciement date de quelques semaines, la colère ou la tristesse peuvent encore être vives. Entraînez-vous à voix haute plusieurs fois, jusqu’à pouvoir dire votre réponse calmement. Si vous sentez que vous n’êtes pas prêt, prenez quelques jours avant de passer des entretiens importants : un candidat encore blessé se dessert souvent sans le vouloir.
Si vous cherchez depuis plusieurs mois
Le recruteur vous interrogera aussi sur la période écoulée. Préparez ce que vous avez fait : formation, bilan de compétences, missions courtes, bénévolat, recherche structurée. Nos conseils pour expliquer un trou dans son CV vous aideront à présenter cette période sans vous justifier. La question « Où en êtes-vous dans votre recherche ? » peut aussi arriver : préparez-la.
Si vous avez été licencié plusieurs fois
Plusieurs licenciements successifs inquiètent davantage. Si ce sont des licenciements économiques, dites-le simplement : vous avez travaillé dans des secteurs fragiles. Si ce sont des licenciements personnels, cherchez le point commun, reconnaissez-le, et montrez ce que vous avez changé. Un candidat qui a identifié la cause et agi sur elle rassure plus qu’un candidat qui accumule les explications.
Si le recruteur prend des références
Si vous craignez ce que dira votre ancien employeur, prenez les devants. Proposez un autre contact qui vous connaît bien : un ancien responsable direct, un collègue, un client. Et assurez-vous que votre version et celle de votre contact concordent : une différence entre les deux fait plus de dégâts que le licenciement lui-même.
Les erreurs à éviter
Certaines erreurs transforment un licenciement anodin en obstacle. Voici les plus fréquentes.
Laisser parler la colère
C’est l’erreur de Thierry au premier entretien. Critiquer la direction, les actionnaires ou un ancien manager donne l’image d’un candidat qui n’a pas tourné la page. Même un licenciement injuste se raconte sobrement. Gardez votre colère pour vos proches.
Mentir ou maquiller le motif
Présenter un licenciement comme une démission, ou un licenciement pour faute comme un licenciement économique, est un mensonge qui se découvre souvent. La confiance du recruteur ne s’en remet pas. Une vérité sobre est toujours préférable.
S’excuser trop longtemps
À l’inverse, un candidat qui s’excuse, se justifie et revient sans cesse sur son licenciement donne l’impression d’en porter encore tout le poids. Une phrase suffit. Puis passez à l’avenir. Si vous sentez que vous vous êtes trop étendu, recentrez vous-même : « Mais ce qui compte maintenant, c’est la suite. »
Raconter le conflit en détail
Les mails, les réunions, les injustices : le recruteur n’a aucun moyen de vérifier votre version, et il retient surtout l’émotion. Résumez la situation en une phrase. Si vous avez mal répondu sur ce sujet, vous pouvez y revenir plus tard dans l’entretien : nos conseils pour rattraper une réponse ratée expliquent comment.
En parler avant qu’on vous le demande
Vous n’avez pas à annoncer votre licenciement dès le début de l’entretien. Laissez le recruteur poser la question. Si elle ne vient pas, vous n’avez pas à aborder le sujet, sauf si votre CV laisse un doute évident. Dans ce cas, une phrase factuelle au moment de présenter votre parcours suffit.
Questions fréquentes sur le licenciement en entretien
Trois phrases suffisent
Le fait, dit sobrement. Ce que vous en avez retenu, ou ce que vous avez fait depuis. Ce que vous cherchez maintenant. Si votre réponse dépasse ces trois temps, raccourcissez la première partie. Et quelle que soit la tentation, ne laissez jamais la colère ou le mensonge s’y glisser.
À la coopérative, Thierry a parlé des deux dépôts fermés, du logiciel de stock qu’il maîtrisait, du CACES renouvelé. Le responsable lui a demandé s’il connaissait les inventaires tournants. La conversation avait quitté son licenciement, et n’y est pas revenue.
Pour la suite, consultez notre liste des questions les plus posées en entretien d’embauche, nos conseils pour répondre à « Pourquoi devrions-nous vous embaucher ? » et notre méthode pour réussir son entretien d’embauche.
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