Comment répondre à « Quel est votre salaire actuel ? »
Sommaire
- Quel est votre salaire actuel : pourquoi la question pèse autant
- Ce que prévoit le droit sur la question du salaire actuel
- Quatre façons de répondre à « Quel est votre salaire actuel ? »
- Les situations particulières et l’exemple de Nadia
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes sur la question du salaire actuel
- Avant de donner un chiffre
Comment répondre à « Quel est votre salaire actuel ? »
Six mille euros par an. C’est l’écart entre la première offre que Nadia a reçue et celle qu’elle a obtenue quelques mois plus tard, pour un poste presque identique. Entre les deux, elle n’a pas changé de compétences. Elle a changé sa réponse à une seule question.
La première fois, la responsable des ressources humaines d’un groupe de distribution lui a demandé son salaire actuel. Nadia, comptable fournisseurs dans une petite entreprise qui paie mal, a répondu honnêtement : vingt-six mille euros brut par an. Elle a reçu une offre à vingt-huit mille, qu’elle a trouvée généreuse. Le groupe avait prévu entre trente-deux et trente-six mille.
Quel est votre salaire actuel ? La question semble purement informative. Elle pèse pourtant sur votre future rémunération plus que presque toutes les autres. Voici pourquoi, ce que prévoit le droit, et quatre façons d’y répondre selon votre situation.
Quel est votre salaire actuel : pourquoi la question pèse autant
Le recruteur ne pose pas cette question par curiosité. Votre réponse influence directement l’offre qu’il vous fera, souvent plus que le budget prévu pour le poste.
Ce que le recruteur cherche à savoir
En vous demandant votre salaire actuel, le recruteur veut vérifier plusieurs choses :
- Si vous entrez dans son budget : votre rémunération est-elle compatible avec la fourchette prévue ?
- Votre niveau de responsabilité : votre salaire actuel lui donne une idée de votre poste réel.
- La marge de négociation : combien devra-t-il proposer pour que le changement vous intéresse ?
Ces raisons semblent légitimes. Mais la troisième pose un problème : elle fait dépendre votre future rémunération de votre passé, et non de la valeur du poste.
Le piège de l’ancrage
En négociation, le premier chiffre annoncé sert de point de référence, d’ancre, pour toute la suite. Si vous annoncez votre salaire actuel, c’est lui qui devient la référence, et non le budget du poste.
C’est ce qui est arrivé à Nadia. Le groupe pouvait la payer trente-quatre mille euros. Mais une offre à vingt-huit mille représentait déjà une augmentation de près de dix pour cent par rapport à son salaire, et le recruteur savait qu’elle l’accepterait. Le piège est d’autant plus fort que vous êtes sous-payé : votre salaire actuel vous suit d’employeur en employeur.
Le piège inverse : être écarté parce qu’on gagne trop
La question peut aussi jouer contre vous dans l’autre sens. Si vous gagnez davantage que le budget du poste, parce que vous changez de secteur, de région ou de rythme de vie, le recruteur peut vous écarter sans même vous demander si une rémunération plus basse vous convient.
Dans les deux cas, la question déplace la discussion de ce que vaut le poste vers ce que vous gagnez dans votre poste actuel. Votre objectif est de la ramener vers la rémunération du poste.
Les formes que prend la question
La question peut être posée de plusieurs façons :
- « Quel est votre salaire actuel ? »
- « Combien gagnez-vous dans votre poste ? »
- « Quelle était votre rémunération dans votre dernier poste ? »
- « Pouvez-vous nous transmettre vos derniers bulletins de paie ? »
- Un champ « salaire actuel » obligatoire dans un formulaire de candidature.
Elle se distingue d’une autre question, plus légitime : « Quelles sont vos prétentions salariales ? » Celle-ci porte sur ce que vous demandez pour ce poste, et c’est vers elle que vous chercherez à ramener la discussion.
Ce que prévoit le droit sur la question du salaire actuel
La question du salaire actuel est au cœur d’une évolution importante du droit européen. Il est utile de savoir où en est la règle au moment où vous passez votre entretien.
Une interdiction prévue par le droit européen
La directive européenne sur la transparence des rémunérations prévoit que les employeurs ne pourront plus demander aux candidats leur rémunération actuelle ou passée. Elle prévoit aussi que les candidats reçoivent, avant l’entretien ou dans l’offre, la rémunération proposée ou une fourchette de rémunération.
Chaque pays de l’Union européenne doit intégrer ces règles dans son droit national. En France, un projet de loi de transposition a été présenté en Conseil des ministres : la page d’actualité de Service-Public consacrée à la transparence salariale en résume le contenu. Les règles s’appliqueront une fois la loi adoptée et entrée en vigueur. Vérifiez donc, au moment de votre entretien, si l’interdiction est déjà applicable.
Ce que cela change pour vous
Une fois l’interdiction applicable, le recruteur ne pourra plus vous demander combien vous gagnez, ni exiger vos bulletins de paie pour fixer votre salaire. La rémunération proposée devra dépendre du poste, et vous connaîtrez la fourchette avant de négocier.
En revanche, le recruteur pourra toujours vous demander si la fourchette annoncée vous convient, ou quelles sont vos prétentions. Et vous resterez libre de parler de votre salaire actuel si vous le souhaitez, par exemple quand il plaide en votre faveur.
En attendant, vous restez libre de ne pas répondre
Avant même l’entrée en vigueur de l’interdiction, aucune règle ne vous oblige à révéler votre salaire actuel. Le recruteur peut poser la question, et vous pouvez choisir de répondre autrement. La plupart des recruteurs acceptent une réponse qui ramène la discussion vers la rémunération du poste, à condition qu’elle soit formulée avec courtoisie.
Si la question est posée alors que l’interdiction est en vigueur, vous pouvez le rappeler poliment : « Je crois que cette question n’est plus posée en recrutement. Je peux en revanche vous dire ce que j’attends pour ce poste. »
Quatre façons de répondre à « Quel est votre salaire actuel ? »
Il n’existe pas une bonne réponse unique. La meilleure dépend de votre situation : êtes-vous sous-payé, bien payé, en recherche d’emploi ? Voici quatre stratégies, de la plus prudente à la plus directe.
Stratégie 1 : ramener la discussion vers le poste
C’est la stratégie la plus sûre, surtout si vous êtes sous-payé. Vous ne refusez pas de répondre : vous déplacez la question vers la rémunération prévue pour le poste.
« Mon poste actuel est assez différent de celui-ci, donc ma rémunération n’est pas la meilleure référence. Pouvez-vous me dire quelle fourchette vous avez prévue pour ce poste ? »
Si le recruteur vous donne une fourchette, vous savez à quoi vous en tenir, et vous pouvez vous positionner dans le haut. S’il insiste, passez à la stratégie 2.
Stratégie 2 : annoncer vos prétentions plutôt que votre salaire
Vous répondez avec un chiffre, mais c’est celui que vous demandez pour ce poste. Il doit reposer sur une recherche : les salaires du marché pour ce poste, ce secteur et cette région.
« Je préfère vous parler de ce que j’attends pour ce poste. Au vu des responsabilités et des salaires pratiqués pour ce type de poste dans la région, je vise entre trente-trois et trente-six mille euros brut par an. »
Cette réponse place l’ancre là où vous le souhaitez. Notre guide pour négocier son salaire à l’embauche détaille comment construire cette fourchette.
Stratégie 3 : présenter votre rémunération globale
Si vous choisissez de parler de votre rémunération actuelle, présentez-la dans sa globalité : salaire fixe, variable, primes, treizième mois, intéressement, participation, avantages en nature, prise en charge de la mutuelle. Le seul fixe donne souvent une image incomplète.
« Ma rémunération globale est d’environ trente et un mille euros, en comptant le fixe, le treizième mois et la prime annuelle sur objectifs. »
Cette stratégie est utile quand votre fixe est bas mais votre rémunération globale correcte. Ne gonflez pas les chiffres : ils peuvent être vérifiés.
Stratégie 4 : répondre franchement quand cela vous avantage
Si votre salaire actuel est élevé, au-dessus du marché ou dans le haut de la fourchette du poste, le donner peut renforcer votre position. Ajoutez votre attente pour ce poste, pour éviter que le recruteur vous écarte d’office.
« Je gagne quarante mille euros brut par an. Je sais que ce poste se situe un peu en dessous, et je suis ouvert à la discussion, parce que d’autres critères comptent pour moi, comme le rapprochement de mon domicile. »
Les situations particulières et l’exemple de Nadia
Certaines situations demandent une réponse adaptée. Voici les plus fréquentes, et comment Nadia aurait pu répondre.
Nadia change de chiffre de départ
Quelques mois plus tard, Nadia postule dans une autre entreprise. Avant l’entretien, elle consulte les salaires pratiqués pour un comptable fournisseurs dans sa région et prépare sa fourchette. Quand la question arrive, elle répond :
« Mon entreprise actuelle est une petite structure qui paie en dessous du marché, donc mon salaire n’est pas une bonne référence. Pour ce poste, avec la gestion de trois cents fournisseurs et la clôture mensuelle, je vise entre trente-trois et trente-cinq mille euros brut par an. Est-ce compatible avec ce que vous avez prévu ? »
La recruteuse sourit : « C’est dans notre fourchette. » Nadia reçoit une offre à trente-quatre mille euros, huit mille de plus que son salaire actuel, et six mille de plus que l’offre précédente.
Si vous êtes en recherche d’emploi
La question devient « Quel était votre dernier salaire ? ». Appliquez les mêmes stratégies. Si votre dernier poste était mieux payé et que vous êtes prêt à baisser, dites-le avec vos raisons. S’il était moins bien payé, ramenez la discussion vers le poste. Le recruteur peut aussi vous interroger sur votre situation : nos conseils pour répondre à « Où en êtes-vous dans votre recherche ? » vous aideront.
Si c’est votre premier emploi
Sans salaire actuel, la question porte sur vos prétentions. Appuyez-vous sur les salaires d’embauche pratiqués pour votre diplôme et votre secteur, et donnez une fourchette réaliste. Mentionnez vos stages ou votre alternance, qui justifient parfois une rémunération dans le haut de la fourchette.
Si vous venez de la fonction publique
Les rémunérations de la fonction publique reposent sur des grilles connues. Le recruteur peut donc estimer votre salaire. Présentez votre rémunération globale, primes comprises, et précisez ce que vous attendez pour le poste. Pensez aussi à valoriser les avantages que vous perdrez en changeant de secteur.
Si l’on vous demande vos bulletins de paie
Un recruteur peut vous demander vos derniers bulletins de paie pour vérifier votre salaire. Vous pouvez refuser poliment, en ramenant la discussion vers la rémunération du poste. Une fois l’interdiction de l’historique salarial en vigueur, cette demande ne pourra plus servir à fixer votre rémunération.
Si un formulaire exige le champ « salaire actuel »
Certains formulaires en ligne rendent ce champ obligatoire. Si c’est possible, écrivez « à discuter » ou « selon le poste ». Si seul un chiffre est accepté, indiquez votre fourchette de prétentions plutôt que votre salaire actuel, et précisez-le en entretien.
Les erreurs à éviter
Certaines réponses coûtent cher, parfois pendant des années. Voici les plus fréquentes.
Donner votre salaire sans réfléchir
C’est l’erreur de Nadia. Annoncer spontanément un salaire bas fixe une ancre qui vous désavantage pour toute la suite. Préparez votre réponse avant l’entretien, et choisissez votre stratégie selon votre situation.
Mentir ou gonfler votre salaire
Annoncer un salaire plus élevé que la réalité est tentant, mais risqué. Le recruteur peut demander une preuve, et un mensonge découvert, même après l’embauche, détruit la confiance. Préférez les stratégies 1 et 2, qui protègent vos intérêts sans mentir.
Refuser sèchement
« Ça ne vous regarde pas » ou « Je ne réponds pas à cette question » crée une tension inutile, même si vous êtes dans votre droit. Ramenez la discussion vers le poste avec courtoisie : le résultat est le même, sans froisser votre interlocuteur.
Confondre brut et net, mensuel et annuel
« Deux mille euros » peut désigner un salaire net mensuel ou brut mensuel, avec un écart important. Parlez toujours en brut annuel, la référence des recruteurs, et précisez-le : « trente-trois mille euros brut par an ». Vous éviterez les malentendus, et les mauvaises surprises au moment de l’offre.
Oublier les autres éléments de rémunération
Une offre à salaire égal peut être très différente selon le variable, le treizième mois, la mutuelle, le télétravail ou les tickets restaurant. Avant de comparer, demandez la rémunération globale du poste. Notre article sur ce que vous attendez d’un poste vous aide à clarifier vos priorités.
Questions fréquentes sur la question du salaire actuel
Avant de donner un chiffre
Avant l’entretien, préparez votre fourchette de prétentions à partir des salaires pratiqués pour le poste, dans votre secteur et votre région. Le jour J, ramenez la discussion vers la rémunération prévue pour le poste, et ne donnez votre salaire actuel que s’il plaide pour vous. Parlez toujours en brut annuel, et vérifiez si l’interdiction de cette question, prévue par le droit européen, est déjà applicable en France.
La seconde fois, Nadia a expliqué que sa petite structure payait en dessous du marché, puis a annoncé ce qu’elle visait pour le poste. La recruteuse lui a répondu que c’était dans sa fourchette.
Pour la suite, consultez notre guide pour négocier son salaire à l’embauche, notre liste des questions les plus posées en entretien d’embauche et notre méthode pour réussir son entretien d’embauche.
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